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Bénin : un an après sa disparition, que retenir de Vincent Foly ?

Vincent FOLY

Plusieurs, ici comme ailleurs, en savent certainement plus et davantage que moi sur Vincent. Je voudrais néanmoins m’acquitter d’un devoir, dire quelques mots de témoignage sur l’ami, le frère, le confrère. Notre première rencontre remonte à 1975, pas si loin d’ici, quelque part à Gbégamey. Vincent était alors étudiant en anglais et moi j’étais en sciences économiques. Ce que j’ai cru percevoir chez lui lors de ce premier contact n’a pas changé.  Le temps, les contingences et les aléas de la vie ne l’ont point altéré. Ils ont plutôt contribué à le révéler et à l’amplifier.

Vincent, c’est Vincent. Ne perdez donc pas le temps à le comparer à quelqu’un d’autre. De cette période, j’ai retenu une chose, anodine en apparence, mais suffisante pour sonder le personnage. Vincent avait un disque qui était un recueil de discours et de témoignages sur Patrice Lumumba. On était en 1975, une année pas comme les autres, c’est le début de la décolonisation portugaise en Afrique, la décolonisation la plus longue et la plus meurtrière sur le continent. Pendant ce temps, le Bénin vivait son socialisme de façade.

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Le Parti communiste du Dahomey (PCD) se tenait en embuscade comme pour rappeler aux socialistes béninois qu’ils n’étaient que de piètres disciples de Marx et de Lénine ou de Mao et que la lutte était à peine emmanchée. De ce temps, beaucoup ont cru que Vincent avait eu des accointances avec le PCD. De l’aveu même de l’intéressé, il n’en était rien…N’en concluez pas qu’il avait quelque aversion pour les communistes. Vincent avait le cœur bien à gauche, viscéralement à gauche. Mais il était un électron libre. Ne croyez pas pouvoir l’emmurer dans une chapelle. Il a été et il restera un iconoclaste.

Pour lui, les ennemis politiques d’hier peuvent devenir des amis aujourd’hui. L’histoire, selon lui, ne sera jamais terminée. Il n’y aura que des virgules, des points virgules. Les points, surtout le point final, il ne le croit pas. C’est cela Vincent. Au lendemain de la conférence nationale de février 1990, il a publié quelques tribunes libres dans La Nation. Mais l’espace lui a paru étroit, trop étroit. Il lui fallait davantage d’espace, son espace, sa tribune à lui, oui la Nouvelle tribune. Le journalisme selon lui ne saurait être une affaire d’école, de discipline universitaire.

Le journalisme, devrait être une affaire de cœur et de combat. Il a su, à sa manière, ajouter de nouvelles pages à ce qu’avaient été les débuts de la presse au Dahomey, une presse soucieuse avant toute chose de redonner à la vie politique son vrai visage de luttes d’idées et de doctrines. Comme ce grand poète s’adressant à son frère de passion, je voudrais chuter, disant simplement : à Vincent, au Frère aimé et à l’ami, mon salut abrupt et fraternel !  
©Philippe HADO

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