AES : le Burkina Faso et la Russie en négociations pour un satellite de communication

La Fédération de Russie et le Burkina Faso ont ouvert jeudi 21 janvier à Ouagadougou des discussions portant sur la possibilité de conclure un accord visant le lancement d’un satellite de télécommunications russe au profit des pays de la Confédération des États du Sahel (AES). Lors de cet entretien, l’ambassadeur russe Igor Martynov et le cosmonaute Alexandre Gorbounov ont échangé avec le premier ministre burkinabè Jean‑Emmanuel Ouédraogo sur les modalités et les enjeux d’un tel projet pour l’intégration numérique de la région. Cette initiative s’insère dans une situation où l’AES explore des solutions technologiques complémentaires pour répondre à ses défis de connectivité, de sécurité et de coordination interministérielle. L’intérêt stratégique majeur réside dans l’autonomisation des services de communication et dans la réduction de la dépendance aux infrastructures extérieures, tout en renforçant la coopération régionale à travers un actif satellitaire partagé. Les perspectives de coopération abordées portent également sur l’exploration spatiale et l’application de technologies russes aux besoins du ministère de la Guerre et de la Défense patriotique du Burkina Faso.

Intensification de la coopération russo‑sahélienne : spatial, sécurité et économie numérique

La proposition russe de mettre à disposition un satellite de télécommunications fait partie d’une dynamique plus large de rapprochement entre Moscou et plusieurs États africains, et particulièrement ceux du Sahel. Depuis plusieurs années, les pays de l’AES — Burkina Faso, Mali et Niger — travaillent à accroître leur souveraineté technologique dans le domaine spatial, notamment en négociant avec des partenaires internationaux des projets de satellites destinés à des usages civils, commerciaux et de sécurité. Des négociations avancées ont déjà eu lieu avec des entités russes comme Glavkosmos pour le développement de satellites de communications et de télédétection, qui visent à répondre aux besoins en couverture Internet, téléphonie, diffusion radiophonique et collecte de données d’observation du territoire.

La dimension satellitaire s’insère aussi dans une dynamique élargie de coopération bilatérale entre le Burkina Faso et la Russie, qui comprend des accords récents portant sur les fondements des relations diplomatico‑économiques et la création d’une commission intergouvernementale russo‑burkinabè pour dynamiser les échanges.

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À cela s’ajoute un engagement russe dans le renforcement des capacités militaires et de formation des forces sahéliennes, ainsi qu’un soutien déclaré aux positions des pays de l’AES sur la scène internationale, notamment en matière de sécurité sous‑régionale.

Télécommunications par satellite : enjeux pour l’AES et les infrastructures régionales

Pour les dirigeants de l’AES, disposer d’un satellite de télécommunications propre ou partagé via un accord avec un partenaire externe représente une opportunité pour surmonter des contraintes qui freinent le développement socio‑économique. Dans de nombreuses régions sahéliennes, l’accès à des services Internet rapides, à une communication fiable ainsi qu’à des systèmes de télémétrie et de surveillance est encore limité par l’insuffisance des infrastructures terrestres traditionnelles. Un satellite dédié permettrait de combler ces lacunes, de faciliter les services d’e‑gouvernement, d’accroître l’accès à l’éducation en ligne, d’améliorer les flux commerciaux numériques et de renforcer la coordination entre institutions publiques.

Outre les bénéfices socio‑économiques, un satellite de télécommunications est perçu comme un vecteur d’autonomie stratégique qui pourrait réduire la dépendance des États sahéliens aux prestataires étrangers pour des services cruciaux. Il offrirait aussi des capacités de communication sécurisées en période de crise, ce qui est particulièrement pertinent dans une région confrontée à des défis sécuritaires persistants.

Ce type d’infrastructure est déjà envisagé dans le cadre de projets  multisatellitaires  avec des partenaires étrangers, en particulier russes. Les discussions en cours comprennent des options de location de capacité satellitaire, de formation de techniciens locaux pour la gestion au sol, et des arrangements juridiques pour encadrer l’exploitation des services.

Perspectives régionales : souveraineté numérique et coopération stratégique

La réflexion autour d’un satellite de télécommunications intervient au moment où la Confédération des États du Sahel cherche à positionner ses membres comme acteurs autonomes dans les domaines technologique et sécuritaire. En parallèle des échanges avec la Russie, les États sahéliens poursuivent d’autres initiatives pour optimiser la gestion des fréquences radioélectriques et renforcer l’harmonisation des politiques numériques au niveau régional.

Dans cet environnement, l’Afrique cherche à tirer parti de partenariats internationaux pour combler des lacunes en matière d’infrastructures avancées tout en développant des compétences locales. La coopération avec la Russie dans le domaine spatial s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de diversification des alliances et des sources de technologie, qui va au‑delà des seuls aspects militaires ou politiques.

Alors que les discussions entamées ce 21 janvier établissent des bases pour un éventuel accord, plusieurs étapes restent à franchir, notamment la formalisation juridique et le financement du projet satellite. Les prochaines réunions, y compris un sommet AES ‑ Russie envisagé en 2026, pourraient clarifier davantage les engagements mutuels et structurer une feuille de route opérationnelle pour ce partenariat.

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