La lutte contre le terrorisme reste l’un des défis sécuritaires majeurs auxquels sont confrontés le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ces trois pays font face à une pression persistante de groupes armés actifs sur leurs territoires, avec des conséquences directes sur la stabilité, la sécurité des populations et le fonctionnement des États. Depuis plusieurs années, cette réalité a conduit les autorités sahéliennes à revoir en profondeur leurs partenariats sécuritaires, en affirmant une ligne souveraine et en opérant des choix parfois en rupture avec des alliances traditionnelles. C’est dans ce cadre que des déclarations récentes de responsables militaires américains, reprises par plusieurs médias internationaux, apportent un éclairage nouveau sur la nature actuelle des relations sécuritaires entre Washington et les pays membres de l’AES.
Contrairement à l’idée d’une coupure totale, les États-Unis reconnaissent aujourd’hui maintenir des formes de collaboration ciblées avec les pays de l’AES. L’information a été confirmée pat plusieurs médias internationaux. Cette coopération, essentiellement tournée vers la lutte antiterroriste, se distingue toutefois nettement des dispositifs antérieurs, tant par son périmètre que par ses modalités.
Lutte antiterroriste et échanges de renseignement entre l’AES et Washington
Selon des propos attribués à un haut responsable du commandement militaire américain pour l’Afrique, les États-Unis continuent de coopérer avec des forces armées de pays de l’AES sur des questions liées au terrorisme. Cette collaboration se traduit notamment par des échanges d’informations ayant permis, dans certains cas, de viser des groupes ou des responsables considérés comme des cibles terroristes prioritaires.
Les autorités américaines reconnaissent que ces interactions ne relèvent plus d’un partenariat structuré tel qu’il existait il y a quelques années. Il ne s’agit ni de déploiements massifs, ni de programmes de coopération militaire étendus, mais plutôt de contacts opérationnels limités, axés sur des enjeux précis de sécurité. Cette approche pragmatique répond à une double contrainte : d’une part, la nécessité pour Washington de préserver des capacités de suivi de la menace terroriste dans le Sahel ; d’autre part, la volonté affichée des États de l’AES de contrôler strictement les formes de coopération étrangère sur leurs territoires.
Les propos relayés par plusieurs médias internationaux soulignent ainsi une réalité souvent nuancée dans le débat public : malgré des relations diplomatiques tendues et des désaccords politiques assumés, des canaux de communication sécuritaire restent actifs. Ces canaux semblent être mobilisés de manière ponctuelle, lorsque des intérêts convergents apparaissent, en particulier face à des groupes armés transnationaux.
Des relations profondément redéfinies
Du côté des pays de l’AES, la position officielle demeure ferme. Les autorités du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont multiplié les déclarations affirmant leur volonté de rompre avec des modèles de coopération jugés inefficaces ou déséquilibrés. Cette orientation s’est traduite par la révision ou la dénonciation de plusieurs accords militaires conclus par le passé, ainsi que par un discours insistant sur la souveraineté et l’autonomie stratégique.
Dans ce cadre, le maintien d’échanges antiterroristes avec les États-Unis ne signifie pas un retour en arrière ni un renoncement aux choix opérés. Il s’agit plutôt d’une coopération limitée, adaptée aux priorités immédiates de sécurité, sans remise en cause des orientations politiques globales affichées par les dirigeants de l’AES. Les responsables américains eux-mêmes reconnaissent que la situation actuelle n’a plus grand-chose à voir avec celle qui prévalait deux ou trois ans auparavant, marquée par une présence militaire plus visible et des partenariats institutionnalisés.
Cette évolution traduit un rapport de forces et d’intérêts redéfini. Les pays de l’AES entendent sélectionner leurs partenaires et les formes de collaboration qu’ils jugent utiles, tandis que les États-Unis cherchent à conserver un minimum de capacités d’action indirectes dans une région confrontée à une instabilité persistante. Aucune des parties ne présente cette coopération comme centrale ou structurante ; elle apparaît plutôt comme fonctionnelle, circonscrite à des objectifs précis et sans engagement politique affiché à long terme.
Au-delà des déclarations, les implications immédiates sont claires : la lutte contre les groupes armés reste un terrain où des convergences ponctuelles demeurent possibles, même lorsque les relations politiques sont marquées par la méfiance. Pour les pays de l’AES, l’enjeu consiste à tirer parti de toute information ou appui susceptible de renforcer l’efficacité des forces nationales, sans compromettre les choix stratégiques revendiqués. Pour Washington, il s’agit de limiter les angles morts sécuritaires dans une zone où l’évolution de la menace reste rapide et imprévisible.



