Longtemps perçue comme le plus grand investisseur en Afrique avec plus de 72 milliards de dollars engagés, la Chine voit aujourd’hui sa position évoluer sur le continent. Si elle demeure un acteur financier majeur, les données récentes révèlent un changement significatif dans sa stratégie d’engagement. Les investissements chinois, qui ont historiquement privilégié les grands projets d’infrastructure, connaissent une transformation profonde marquée par une approche plus sélective et une réduction drastique des volumes de financement accordés aux pays africains.
D’après Agence Ecofin, le recul des financements chinois atteint des proportions spectaculaires. Selon une étude du Global Development Policy Center de l’Université de Boston publiée en janvier 2026, les prêts accordés par Pékin au continent africain ont chuté à 2,1 milliards de dollars en 2024, soit une diminution de 46% par rapport à l’année précédente. Ce montant représente moins de 10% du pic historique de 28,8 milliards de dollars atteint en 2016, illustrant un basculement majeur dans les relations financières sino-africaines.
L’Angola domine un groupe restreint de cinq bénéficiaires
La concentration géographique des financements chinois témoigne d’une nouvelle prudence. Seuls cinq pays africains ont bénéficié de prêts en 2024, pour un total de six projets. L’Angola s’impose comme le principal destinataire avec 1,45 milliard de dollars alloués aux infrastructures de transmission électrique et aux réseaux routiers. Le Kenya suit avec 277,8 millions de dollars dédiés aux routes, tandis que la République démocratique du Congo reçoit 240 millions pour des projets similaires. Le Sénégal obtient 85 millions de dollars pour développer des forages en milieu rural, et l’Égypte bénéficie de 76,5 millions sous forme de lignes de crédit destinées aux petites et moyennes entreprises.
Cette répartition révèle une stratégie privilégiant les emprunteurs présentant de faibles niveaux de risque. Les secteurs ciblés reflètent également cette approche prudente : transports, eau et assainissement, transmission électrique et services financiers constituent désormais les domaines prioritaires, au détriment des mégaprojets qui caractérisaient l’engagement chinois durant la décennie précédente.
Des prêts massifs remplacés par des investissements directs et le commerce
La mutation de l’approche chinoise en Afrique dépasse la simple réduction quantitative. Entre 2012 et 2018, les financements accordés par Pékin dépassaient régulièrement 10 milliards de dollars annuels. Leur passage sous cette barre depuis 2019 marque le début d’une ère d’engagement qualifiée de « sélective » par les analystes. Les banques publiques et commerciales chinoises, ainsi que les entités gouvernementales, s’éloignent progressivement des grands chantiers ferroviaires et routiers qui ont longtemps symbolisé leur présence sur le continent.
Le rapport « Selective Engagement and Strategic Retooling : Chinese Loans to Africa Database, 2000–2024 » souligne un transfert notable des modalités de financement. Les projets dont le coût dépasse le milliard de dollars ne sont plus financés par des prêts traditionnels, mais plutôt par des investissements directs étrangers et des mécanismes de financement commercial, incluant les exportations d’équipements et de technologies. Cette réorientation stratégique privilégie des projets de taille plus modeste, mais commercialement viables, marquant une rupture avec la philosophie d’investissement massif qui prévalait auparavant.
Cette transformation des relations financières sino-africaines redessine les dynamiques économiques du continent. Si la Chine maintient sa présence, elle le fait désormais avec une sélectivité accrue, ciblant des partenaires jugés plus sûrs et des secteurs offrant une meilleure rentabilité. Cette évolution pourrait contraindre les pays africains à diversifier leurs sources de financement pour répondre à leurs besoins croissants en infrastructures et en développement.



