La compagnie aérienne française met un terme à sa liaison directe entre Paris et Bangui à compter du 1er février 2026. Le dernier vol sans escale reliant la France à la République centrafricaine décollera le 31 janvier prochain. Cette décision, justifiée par des raisons économiques, provoque une vive tension diplomatique entre les deux pays. Pour la diaspora centrafricaine et les acteurs humanitaires, cette rupture aérienne complique considérablement les déplacements vers l’un des pays les plus enclavés du continent africain. L’avenir des relations franco-centrafricaines s’assombrit davantage dans un contexte déjà fragilisé.
La nouvelle était redoutée depuis plusieurs semaines par les voyageurs réguliers de cette ligne. Les tentatives de réservation pour un Paris – Bangui direct après la fin janvier se heurtaient systématiquement à une impossibilité technique sur les plateformes de réservation. Le couperet est désormais tombé officiellement. Air France a confirmé l’arrêt définitif de sa desserte directe vers Bangui, mettant ainsi fin à des décennies de liaison aérienne ininterrompue entre l’ancienne puissance coloniale et son ex-territoire. Cette annonce intervient après plusieurs mois d’analyse interne au sein de la compagnie, qui invoque principalement le manque de rentabilité de cet axe pour justifier sa décision radicale.
Centrafrique : les raisons économiques avancées par Air France
La direction du transporteur aérien français pointe du doigt les difficultés financières persistantes sur cette route africaine. Depuis quelque temps déjà, la fréquence des vols avait été drastiquement réduite, passant à un unique départ hebdomadaire intégré dans une rotation combinée avec Yaoundé, la capitale camerounaise. Cette configuration hybride n’aura finalement pas permis de sauver la ligne directe, dont les coûts d’exploitation auraient continué de peser lourdement dans les comptes de la compagnie. Les contraintes opérationnelles régionales ont également joué un rôle déterminant dans cette équation défavorable. L’interdiction de survol du Niger, imposée depuis plusieurs mois, contraint les appareils à emprunter des trajectoires détournées considérablement plus longues. Ces modifications de parcours engendrent mécaniquement une hausse substantielle de la consommation de carburant et des temps de vol, renchérissant ainsi l’ensemble des coûts sur les liaisons vers cette partie du continent.
Pourtant, certains observateurs centrafricains contestent vigoureusement cette argumentation économique. Ils soulignent que les vols vers Bangui affichaient régulièrement des taux de remplissage satisfaisants et que d’autres compagnies internationales renforcent au contraire leur présence dans le pays. Ethiopian Airlines a notamment augmenté ses fréquences pour atteindre une desserte quotidienne, tandis que Royal Air Maroc développe activement ses liaisons directes avec la capitale centrafricaine. Ces dynamiques concurrentes semblent contredire le discours sur l’absence de viabilité commerciale de cette destination.
Air France et l’Afrique : une présence historique sur le continent
Le pavillon tricolore occupe depuis des décennies une place prépondérante dans le ciel africain. Héritière des lignes coloniales établies au milieu du vingtième siècle, la compagnie nationale française a tissé un réseau dense reliant Paris à plusieurs dizaines de métropoles du continent. De Dakar à Johannesburg, d’Abidjan à Nairobi, Air France s’est imposée comme l’un des principaux ponts aériens entre l’Europe et l’Afrique, transportant chaque année des millions de passagers composés de voyageurs d’affaires, de membres des diasporas africaines, de touristes et d’acteurs du secteur humanitaire. Cette position dominante lui confère une responsabilité particulière aux yeux de nombreux gouvernements africains, qui perçoivent parfois les décisions commerciales de la compagnie à travers un prisme politique.
La suppression progressive de certaines dessertes ces dernières années, notamment dans la région sahélienne, alimente les critiques sur un supposé désengagement français du continent. Dans cette situation sensible, l’abandon de la ligne directe vers Bangui revêt une dimension symbolique qui dépasse largement le simple ajustement de réseau.
République centrafricaine : une réaction diplomatique virulente à Bangui
Les autorités centrafricaines n’ont pas tardé à manifester leur mécontentement face à cette décision unilatérale. Le gouvernement a officiellement sollicité des explications auprès de la représentation diplomatique française présente dans la capitale. Le dossier aurait même été porté jusqu’aux plus hautes sphères de l’État français, témoignant de l’importance accordée à cette affaire par Bangui. Si Air France demeure juridiquement une entreprise privée soumise aux lois du marché, l’État français conserve une participation actionnariale significative dans son capital. Cette réalité confère inévitablement une coloration politique à toute décision majeure concernant les dessertes internationales, particulièrement lorsqu’elles touchent d’anciennes colonies françaises. Les relations bilatérales franco-centrafricaines traversent depuis plusieurs années une période de turbulences marquée par des divergences croissantes sur les questions sécuritaires et les partenariats stratégiques choisis par Bangui.
Pour les voyageurs souhaitant toujours rejoindre la Centrafrique depuis la France, une alternative subsistera néanmoins. Air France maintiendra deux rotations hebdomadaires entre Bangui et Yaoundé, opérées conjointement avec Afrijet FlyGabon. Les passagers devront donc transiter par le Cameroun avant d’atteindre leur destination finale, allongeant significativement la durée totale du voyage et multipliant les contraintes logistiques. Cette solution de repli satisfait difficilement les besoins des diplomates, entrepreneurs et membres de la diaspora qui bénéficiaient jusqu’alors d’une connexion directe avec le continent européen.
La disparition de cette ligne unique vers l’Europe isole davantage un pays déjà confronté à d’immenses défis d’accessibilité liés à son enclavement géographique. Pour de nombreux Centrafricains, cette rupture aérienne symbolise un éloignement supplémentaire vis-à-vis de l’ancien partenaire français, dans un contexte où les puissances émergentes multiplient leurs efforts pour renforcer leur présence sur le continent africain.



