Le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé dimanche 11 janvier 2026 une mesure exceptionnelle permettant aux Algériens vivant dans la précarité hors du pays de normaliser leur situation administrative. Cette décision, prise lors du Conseil des ministres à Alger, pourrait concerner des dizaines de milliers de personnes ayant quitté clandestinement leur territoire. Les consulats algériens seront chargés d’accompagner les bénéficiaires jusqu’à leur retour éventuel. Certaines catégories de personnes demeurent toutefois exclues de ce dispositif inédit. L’enjeu principal réside dans la capacité réelle de cette mesure à convaincre une diaspora souvent méfiante envers les institutions.
Le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune a choisi la veille de la célébration du nouvel an berbère Yennayer 2976 pour dévoiler cette initiative destinée aux compatriotes ayant emprunté les voies de l’émigration clandestine, communément appelée « harga » dans le vocabulaire local. Cette expression, qui signifie littéralement « brûler » ses documents ou franchir illégalement les frontières, désigne un phénomène migratoire massif touchant particulièrement la jeunesse algérienne depuis plusieurs décennies. Le communiqué officiel de la présidence souligne que nombreux sont ceux qui auraient été « délibérément induits en erreur » par des individus cherchant à instrumentaliser leur situation contre leur propre nation.
Conditions d’éligibilité pour les Algériens souhaitant régulariser leur statut
Le dispositif présidentiel s’adresse spécifiquement aux ressortissants n’ayant commis que des infractions mineures, notamment des faits liés au maintien de l’ordre public ou des motifs similaires considérés comme peu graves par les autorités. Pour prétendre à cette normalisation administrative, les candidats devront prendre l’engagement formel de ne pas reproduire les actes ayant conduit à leur situation actuelle. Les représentations diplomatiques algériennes à travers le monde assureront l’ensemble des démarches nécessaires, incluant la délivrance de nouveaux passeports permettant un éventuel retour sur le sol national.
La mesure trace néanmoins des lignes rouges strictes concernant certains profils. Les individus impliqués dans des homicides, le commerce illicite de substances stupéfiantes ou le trafic d’armements ne pourront en aucun cas bénéficier de cette opportunité. De même, toute personne ayant entretenu des liens avec des services de renseignement étrangers dans l’intention de nuire aux intérêts algériens se verra automatiquement écartée du processus. Le texte officiel précise que cette décision a recueilli l’assentiment unanime de l’ensemble des institutions républicaines du pays.
Les Algériens constituent l’une des communautés les plus représentées parmi les migrants en situation précaire sur le continent européen. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, environ 54 000 ressortissants ont rejoint l’Europe entre 2020 et 2024 par des voies non conventionnelles. L’année 2025 a particulièrement montré l’ampleur persistante de ce phénomène, avec plus de 9 500 personnes ayant atteint les côtes espagnoles par la mer. Cette réalité témoigne d’un malaise profond au sein d’une partie de la population, notamment les jeunes générations confrontées à des perspectives économiques et sociales jugées insuffisantes. Nombre d’entre eux se retrouvent ainsi dans une double impasse administrative, dépourvus de statut légal aussi bien dans leur pays d’accueil que dans leur État d’origine faute de documents valides.
Diaspora algérienne : entre espoir de retour et méfiance persistante
L’efficacité réelle de cette initiative demeure cependant incertaine auprès des principaux intéressés. La défiance accumulée envers l’appareil administratif, judiciaire et sécuritaire constitue un frein majeur pour beaucoup d’exilés volontaires. La législation algérienne criminalise la « harga » depuis 2009, exposant les contrevenants à des peines d’emprisonnement et des sanctions financières. Cette épée de Damoclès juridique alimente les craintes de poursuites au retour, malgré les garanties avancées par le pouvoir exécutif. Par ailleurs, le climat politique intérieur, marqué par une désillusion palpable depuis le mouvement populaire de 2019, n’incite guère à l’optimisme parmi ceux qui avaient précisément fui en quête d’un avenir meilleur ailleurs.



