La spiritualité occupe une place fondamentale dans les sociétés africaines depuis des millénaires. Bien avant l’arrivée des religions abrahamiques, les peuples du continent entretenaient des liens profonds avec leurs ancêtres, la nature et les forces invisibles qui régissent l’univers. Ces pratiques, transmises de génération en génération, ont façonné les structures sociales, les systèmes de gouvernance et les rapports humains. Malgré la colonisation et les pressions modernisatrices qui ont longtemps marginalisé ces croyances, elles demeurent vivaces dans de nombreuses communautés. Les pays de l’Alliance des États du Sahel semblent aujourd’hui vouloir redonner à cet héritage la reconnaissance qu’il mérite.
Le Palais de la Culture Amadou Hampaté Ba de Bamako accueille depuis ce 25 janvier 2026 des praticiens venus du Mali, du Burkina Faso et du Niger pour la troisième Rencontre solennelle des pratiquants des cultes mystiques endogènes. Pendant trois jours, ces gardiens des savoirs ancestraux échangent sur leurs pratiques et leur rôle dans les sociétés sahéliennes contemporaines.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger célèbrent leur patrimoine immatériel commun
Cette initiative portée par la Confédération des États du Sahel traduit une volonté politique affirmée de valoriser un patrimoine longtemps relégué aux marges. Les cultes endogènes, qu’il s’agisse des pratiques animistes, des rites initiatiques ou des savoirs thérapeutiques traditionnels, constituent un socle identitaire partagé par les populations des trois pays. En organisant ce rassemblement, l’AES reconnaît officiellement la contribution de ces traditions à la cohésion sociale et à la transmission des valeurs communautaires.
Le choix du Palais de la Culture, haut lieu de la vie artistique malienne situé sur la rive droite du fleuve Niger, confère à l’événement une dimension symbolique forte. Cet espace dédié à la préservation des expressions culturelles traditionnelles devient ainsi le théâtre d’une réappropriation collective.
L’AES consolide son projet de souveraineté par la dimension culturelle
Cette rencontre intervient après plusieurs réalisations majeures de la Confédération. En décembre 2025, les dirigeants des trois pays ont inauguré la Banque Confédérale d’Investissement et de Développement ainsi que la Force Unifiée militaire lors du sommet de Bamako. La dimension culturelle et spirituelle apparaît désormais comme un pilier complémentaire de ce projet d’intégration régionale.
Les praticiens réunis jusqu’au 27 janvier représentent une diversité de traditions : guérisseurs, devins, maîtres de rituels et détenteurs de connaissances ésotériques. Leur présence témoigne de la vitalité de ces pratiques malgré des décennies de stigmatisation. Pour l’AES, réhabiliter ce patrimoine immatériel revient à affirmer une identité sahélienne distincte, ancrée dans des références propres aux peuples de la région.
