Bénin : L’Iajp inaugure ses réflexions par les réformes constitutionnelles en Afrique

L’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP) a ouvert ses activités de l’année 2026 par une réflexion de fond sur les dynamiques constitutionnelles africaines. Ce  jeudi 15 janvier 2026, l’institution a tenu sa première conférence mensuelle autour du thème : « Les réformes constitutionnelles en Afrique : entre efficacité, stabilité et controverses ». La rencontre s’est déroulée en présence du père directeur de l’IAJP, Éric Arnaud Aguénounon, d’universitaires et de cadres de l’administration publique béninoise.

La conférence a été animée par le professeur Hilaire Akerekoro, agrégé de droit public (CAMES) et professeur titulaire des universités à l’Université d’Abomey-Calavi. À travers une approche à la fois conceptuelle, comparative et critique, l’orateur a proposé une lecture structurée des réformes constitutionnelles en Afrique, en mettant en lumière leurs fondements, leurs modalités et les débats qu’elles suscitent.

Pour introduire son propos, le professeur Akerekoro a rappelé une analyse formulée dès 1982 par le constitutionnaliste Maurice Ahanhanzo-Glélé, selon laquelle l’Afrique traverse une instabilité constitutionnelle persistante, marquée par des cycles d’adoption, de remise en cause et de renouvellement des constitutions. Selon l’intervenant, cette observation conserve toute son actualité au XXIᵉ siècle, tant les réformes constitutionnelles demeurent un instrument central de régulation politique sur le continent.

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Le conférencier a ensuite précisé le sens de la notion de réforme constitutionnelle, en la distinguant des concepts voisins tels que le changement constitutionnel, la révision, l’amendement ou encore la manipulation constitutionnelle. Il a souligné que la réforme peut prendre deux formes principales : l’adoption d’une nouvelle Constitution, qui marque souvent l’avènement d’une nouvelle République, ou la modification d’une Constitution existante par des mécanismes de révision. À cet égard, plusieurs exemples africains ont été évoqués, dont le Togo, le Bénin, le Cameroun ou encore la République démocratique du Congo.

L’analyse a également porté sur les acteurs et les procédures des réformes constitutionnelles. Le professeur Akerekoro a insisté sur le rôle central du peuple souverain, détenteur du pouvoir constituant, tout en rappelant l’intervention des institutions politiques dans les processus de révision. Il a mis en évidence la place du référendum, de la loi constitutionnelle et des exigences internationales dans l’encadrement juridique des réformes.

Sur le plan des enjeux, la conférence a articulé la réflexion autour de trois notions clés : l’efficacité, la stabilité et la controverse. L’efficacité a été présentée comme la capacité d’une réforme à produire des résultats concrets avec des moyens limités, tandis que la stabilité renvoie à la durabilité des institutions et à leur résistance aux crises. Quant à la controverse, elle traduit les débats, critiques et résistances suscités par certaines réformes, notamment lorsqu’elles soulèvent des soupçons d’opportunisme politique ou de remise en cause des principes démocratiques.

Le professeur Akerekoro a enfin souligné le rôle de la société civile, des institutions confessionnelles et des juridictions constitutionnelles dans l’évaluation et l’encadrement des réformes. À travers des références jurisprudentielles, notamment en République centrafricaine, il a montré que le juge constitutionnel peut constituer un rempart contre des réformes jugées contraires à l’ordre constitutionnel.

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