La 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations restera gravée dans les mémoires autant pour ses exploits sportifs que pour les controverses qui ont marqué sa finale. Quatre jours après le sacre du Sénégal face au Maroc (1-0 après prolongation), le souverain marocain a pris la parole pour tenter de refermer les plaies ouvertes par cette rencontre chaotique du 18 janvier à Rabat.
Mohammed VI a publié un communiqué ce jeudi 22 janvier dans lequel il qualifie les événements survenus lors des derniers instants du match d’« épisode malheureux » et de « très déplorables agissements ». Le roi se montre toutefois confiant quant à l’avenir des relations entre les peuples du continent. « Une fois la passion retombée, la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus », a-t-il déclaré, ajoutant que « rien ne saurait altérer la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains ».
Le message d’apaisement du souverain marocain après la finale de Rabat
Le monarque a tenu à souligner que la réussite organisationnelle de cette CAN constituait une victoire pour l’ensemble du continent africain, et pas uniquement pour son pays. Il a également exprimé sa conviction que le peuple marocain saurait « faire la part des choses » et ne se laisserait pas entraîner « dans la rancœur et la discorde ».
Cette sortie intervient alors que les réseaux sociaux ont été le théâtre d’échanges particulièrement virulents entre supporters des deux nations. La Commission nationale des droits de l’homme du Sénégal a d’ailleurs condamné les débordements verbaux et mis en garde contre « toute forme de propos haineux, de stigmatisation ou d’incitation à la division ». Plusieurs cas de propos à caractère raciste ont été documentés, notamment ceux du rappeur franco-marocain Lartiste qui ont provoqué un tollé, ou encore ceux d’un cuisinier marocain travaillant à Abidjan, licencié après avoir publié des messages dénigrant les populations subsahariennes. Le réseau marocain des journalistes des migrations a par ailleurs appelé les médias des deux pays à « démanteler les discours racistes » face à ce qu’il considère comme une « campagne de haine et de xénophobie ».
La diplomatie sénégalo-marocaine mobilisée pour désamorcer la crise
Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko s’est lui aussi inscrit dans cette logique d’apaisement. Après un entretien téléphonique avec son homologue marocain Aziz Akhannouch, il a confirmé que les deux gouvernements avaient convenu d’œuvrer « dans un esprit de sérénité et de détente » pour consolider les liens historiques unissant Rabat et Dakar. Le chef du gouvernement sénégalais suit également de près la situation des dix-huit supporters sénégalais toujours détenus au Maroc, poursuivis pour des faits de hooliganisme survenus lors de la finale.
La rencontre avait basculé dans le chaos après l’attribution d’un penalty au Maroc dans le temps additionnel, décision qui avait poussé les joueurs sénégalais à quitter temporairement la pelouse sur ordre de leur sélectionneur Pape Thiaw. Des supporters avaient tenté d’envahir le terrain, des sièges avaient été arrachés et jetés en direction des stadiers, dont l’un avait dû être évacué sur civière. Des altercations avaient même éclaté entre journalistes des deux pays en tribune de presse.
Les relations entre le Maroc et le Sénégal dépassent largement le cadre sportif. Les deux nations partagent des liens spirituels séculaires à travers la confrérie tijane, dont Fès constitue l’une des capitales. Le Maroc représente également un partenaire économique majeur pour Dakar, présent dans les secteurs bancaire, des télécommunications et des infrastructures. Plus de 200 000 Sénégalais résident sur le territoire marocain, faisant d’eux la première communauté étrangère du royaume.
La Confédération africaine de football a ouvert une enquête pour identifier les responsabilités dans ces incidents, tandis que la Fédération royale marocaine de football a annoncé son intention de saisir la CAF et la FIFA. Le trophée est désormais à Dakar, mais les séquelles de cette finale historique pourraient mettre du temps à cicatriser malgré les appels à l’unité lancés des deux côtés.



