Chine : Pékin restreint l’usage des logiciels de cybersécurité américains et israéliens

La Chine a demandé à plusieurs entreprises nationales de réduire, voire de cesser, l’utilisation de solutions de cybersécurité développées par des sociétés américaines et israéliennes. Cette orientation, révélée par des sources proches du dossier, s’inscrit dans une stratégie de souveraineté technologique visant à limiter les risques liés à la circulation de données sensibles. La mesure concerne notamment des acteurs majeurs du secteur numérique et des infrastructures critiques. Elle intervient dans un contexte international marqué par des tensions persistantes autour de la sécurité des informations et de la dépendance aux technologies étrangères. L’enjeu central reste la protection des données stratégiques chinoises face aux risques perçus d’ingérence extérieure.

Depuis plusieurs mois, les autorités chinoises multiplient les signaux en faveur d’un recentrage sur les solutions technologiques nationales. Dans le domaine sensible de la cybersécurité, Pékin aurait demandé à certaines entreprises, en particulier celles liées aux secteurs stratégiques, de cesser d’utiliser des solutions des fournisseurs étrangers rapportent Reuters. Des groupes américains et israéliens spécialisés dans la protection des réseaux, la détection des intrusions et la gestion des données figureraient parmi les sociétés concernées par ces restrictions. L’objectif affiché est de réduire les vulnérabilités potentielles liées à l’utilisation de logiciels conçus hors du territoire chinois, dans un contexte où la maîtrise des flux d’informations est devenue un enjeu de souveraineté.

Les autorités estiment que les solutions étrangères pourraient exposer des données sensibles à des risques de fuite, volontaire ou non, vers des juridictions étrangères. Cette préoccupation touche particulièrement les entreprises opérant dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications, de la finance ou encore des transports. En encourageant l’adoption de technologies locales, Pékin cherche à renforcer l’autonomie de son écosystème numérique tout en soutenant ses champions nationaux de la cybersécurité. Plusieurs acteurs chinois, déjà bien implantés sur le marché intérieur, pourraient ainsi bénéficier d’un accès élargi aux contrats publics et aux grandes entreprises d’État.

Publicité

Chine, cybersécurité et souveraineté numérique

La stratégie chinoise en matière de cybersécurité repose sur un cadre réglementaire strict, construit progressivement depuis le milieu des années 2010. La loi sur la cybersécurité, entrée en vigueur en 2017, impose aux entreprises opérant en Chine de stocker localement certaines données et de se soumettre à des audits de sécurité. D’autres textes sont venus renforcer ce dispositif, notamment ceux portant sur la protection des informations personnelles et la sécurité des données. Dans ce contexte, l’utilisation de logiciels étrangers fait l’objet d’une surveillance accrue, surtout lorsque ces outils sont intégrés aux systèmes d’information d’organisations stratégiques.

La Chine considère que la maîtrise des technologies critiques constitue un pilier de sa sécurité nationale. Les autorités mettent en avant la nécessité de développer des solutions « sûres et contrôlables », un terme qui renvoie à la fois à la fiabilité technique et à la possibilité de vérifier le fonctionnement interne des logiciels. Cette approche s’inscrit dans une politique industrielle plus large visant à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs occidentaux, en particulier dans les secteurs du cloud, des semi-conducteurs et de la cybersécurité.

Les entreprises chinoises spécialisées dans la protection des systèmes informatiques ont connu une croissance rapide ces dernières années. Soutenues par les investissements publics et par la demande intérieure, elles proposent désormais des solutions couvrant la détection des menaces, la gestion des identités numériques et la sécurisation des infrastructures critiques. Pour Pékin, privilégier ces acteurs nationaux permet non seulement de limiter les risques liés aux technologies étrangères, mais aussi de consolider un secteur stratégique pour l’économie.

La décision de réduire l’usage de logiciels américains et israéliens ne prend pas la forme d’une liste noire officiellement publiée. Elle se traduit plutôt par des orientations transmises aux entreprises, les incitant à revoir leurs choix technologiques. Cette méthode, plus discrète, permet aux autorités de garder une certaine flexibilité tout en envoyant un signal clair sur la direction souhaitée.

Chine, États-Unis et rivalité technologique

La politique chinoise en matière de cybersécurité ne peut être dissociée de la rivalité croissante avec les États-Unis dans le domaine technologique. Depuis plusieurs années, Washington et Pékin s’opposent sur les questions de commerce, d’innovation et de sécurité des données. Les États-Unis ont imposé des restrictions à certaines entreprises chinoises, notamment dans les secteurs des télécommunications et des semi-conducteurs, invoquant des risques pour la sécurité nationale. Ces mesures ont renforcé la volonté de la Chine de développer ses propres capacités technologiques.

Dans ce climat de méfiance, la circulation des données est devenue un sujet central. Les autorités chinoises redoutent que des logiciels étrangers puissent servir de vecteurs de collecte d’informations sensibles. Cette crainte est alimentée par les révélations passées sur les programmes de surveillance électronique menés par certaines agences occidentales. Même en l’absence de preuves publiques concernant des logiciels spécifiques, la perception d’un risque suffit à justifier, aux yeux de Pékin, un recentrage sur des solutions nationales.

La rivalité sino-américaine ne se limite pas aux aspects sécuritaires. Elle concerne aussi la domination économique et l’influence géopolitique. Le contrôle des technologies numériques, y compris la cybersécurité, est perçu comme un levier stratégique dans la compétition mondiale. En réduisant l’usage de produits étrangers, la Chine cherche à renforcer son autonomie tout en envoyant un message politique sur sa capacité à protéger ses infrastructures critiques sans dépendre de partenaires extérieurs.

Les entreprises israéliennes de cybersécurité, réputées pour leur expertise, se retrouvent également concernées par cette orientation chinoise. Leur présence sur le marché international, souvent liée à des partenariats avec des acteurs américains, les place dans une position délicate face aux nouvelles priorités de Pékin. Pour les groupes chinois, cette situation implique une réévaluation des contrats existants et, dans certains cas, la recherche de fournisseurs alternatifs.

Sur le plan économique, cette évolution pourrait redessiner le marché de la cybersécurité en Chine. Les fournisseurs locaux pourraient voir leurs parts de marché augmenter, tandis que les acteurs étrangers risquent de perdre l’accès à certains segments stratégiques. Toutefois, la Chine reste un marché attractif, et il est possible que certaines entreprises étrangères tentent d’adapter leurs offres pour répondre aux exigences réglementaires et aux attentes des autorités.

Au-delà des considérations commerciales, la décision chinoise illustre une tendance plus large vers la fragmentation du cyberespace mondial. Chaque grande puissance cherche à renforcer le contrôle de ses infrastructures numériques, souvent au détriment de l’interopérabilité internationale. Cette évolution pose des questions sur l’avenir de la coopération en matière de cybersécurité et sur la capacité des États à gérer collectivement les menaces numériques transfrontalières.

Laisser un commentaire