Colombie : Ivan Mordisco appelle les guérillas à s'unir face à Trump

Le chef de la principale dissidence des FARC a diffusé une vidéo dans laquelle il convoque un sommet d’urgence des commandants insurgés du continent américain. Cette initiative survient dans un climat de tensions extrêmes entre Washington et plusieurs pays de la région. Néstor Gregorio Vera Fernández, de son vrai nom, dirige l’État-major central (EMC), organisation armée qui compte parmi les plus puissantes de Colombie. Son appel constitue une tentative inédite de fédérer les mouvements rebelles latino-américains contre ce qu’il qualifie d’« ennemi commun ».

La scène géopolitique latino-américaine connaît des bouleversements sans précédent depuis l’intervention militaire américaine au Venezuela. Dans ce contexte, le dirigeant de la dissidence des anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie a choisi de sortir du silence pour lancer un message aux autres groupes armés du continent. Par le biais d’un enregistrement vidéo transmis aux médias, cet homme recherché par les autorités colombiennes depuis plusieurs années propose une alliance stratégique entre les différentes organisations insurgées présentes sur le territoire sud-américain. Cette démarche révèle l’ampleur des inquiétudes que suscite la politique étrangère de Donald Trump parmi les mouvements révolutionnaires de la région, notamment ceux qui entretenaient des liens avec le gouvernement vénézuélien désormais décapité.

Sommet des commandants insurgés : l’EMC-FARC cherche à mobiliser les guérillas colombiennes

L’homme fort de l’EMC a formulé son invitation en des termes particulièrement pressants, évoquant une menace commune qui nécessiterait une réponse coordonnée de l’ensemble des forces rebelles. Son message s’adresse non seulement aux groupes présents en Colombie, pays qui partage plus de deux mille deux cents kilomètres de frontière poreuse avec le Venezuela, mais également aux organisations similaires disséminées à travers le continent américain. Cette frontière colombo-vénézuélienne constitue depuis longtemps un corridor stratégique pour les mouvements armés, permettant des replis tactiques et des activités liées au trafic de stupéfiants. Les autorités de Bogota soupçonnent depuis plusieurs années que des dirigeants de haut rang appartenant à diverses guérillas, notamment l’Armée de libération nationale et plusieurs factions dissidentes des anciennes FARC, auraient établi leur quartier général sur le sol vénézuélien avec la bienveillance tacite des forces armées locales.

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Les événements récents au Venezuela ont profondément modifié cette équation sécuritaire régionale. Au début du mois de janvier, les forces armées américaines ont mené une opération d’envergure sur le territoire vénézuélien, procédant à la capture du président Nicolas Maduro et de son épouse. Des frappes aériennes ont touché Caracas ainsi que plusieurs autres localités du pays dans la nuit précédant cette arrestation spectaculaire. L’ancien dirigeant vénézuélien a ensuite été transféré vers New York en vue d’une comparution devant la justice américaine. Cette action militaire sans précédent a provoqué des réactions indignées de la part de plusieurs gouvernements, notamment l’Iran qui a qualifié l’opération d’enlèvement illégal et exigé la libération immédiate des personnes capturées. Dans la foulée de ces événements, les autorités vénézuéliennes ont procédé à la libération de plusieurs prisonniers politiques, tandis que Maria Corina Machado, figure de proue de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix, a salué ces avancées en affirmant sa conviction que la vérité finit toujours par triompher.

Guérillas colombiennes et Venezuela : les conséquences de l’intervention américaine de Trump

L’intervention américaine a engendré des mouvements significatifs parmi les groupes armés qui opéraient jusqu’alors en territoire vénézuélien. Selon des sources au sein des forces de sécurité colombiennes, plusieurs commandants guérilleros auraient entrepris de retraverser la frontière pour regagner leur pays d’origine, craignant manifestement d’éventuelles opérations supplémentaires de Washington dans la région. Cette situation place les dissidences des FARC dans une position délicate, puisque le Venezuela représentait pour elles une zone de repli relativement sécurisée depuis plusieurs années. Le parcours d’Ivan Mordisco montre parfaitement les transformations qu’a connues le paysage insurrectionnel colombien depuis l’accord de paix historique conclu en 2016 entre le gouvernement et les FARC. Alors que la majorité des combattants acceptaient de déposer les armes, ce commandant aguerri fut le premier à rejeter publiquement le processus de réconciliation, entraînant avec lui plusieurs centaines de combattants du Premier Front. Depuis lors, son organisation s’est considérablement développée, absorbant notamment les forces autrefois dirigées par Gentil Duarte après la mort de ce dernier au Venezuela en mai 2022.

Les négociations de paix engagées sous la présidence de Gustavo Petro avec l’EMC ont connu une issue malheureuse, s’achevant sur un échec retentissant au cours de l’année écoulée. Cette impasse diplomatique, conjuguée aux récents bouleversements régionaux, semble avoir convaincu le chef rebelle de la nécessité d’adopter une stratégie plus offensive et de rechercher des alliances au-delà des frontières colombiennes. Son appel à la constitution d’un front uni des guérillas latino-américaines représente une escalade rhétorique notable qui témoigne de l’inquiétude profonde suscitée par la nouvelle doctrine interventionniste de l’administration Trump dans son ancien pré carré.

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