Congo : 25 millions $ pour Sassou-Nguesso, 2 norvégiens inculpés

Le secteur pétrolier africain est régulièrement pointé du doigt pour des pratiques délictueuses, où des opérateurs étrangers ont historiquement versé des avantages à des élites locales pour sécuriser leurs intérêts commerciaux. Des affaires avérées ont impliqué des sociétés comme Trafigura en Angola ou Glencore dans plusieurs pays africains, accusées de verser des pots‑de‑vin pour obtenir des contrats pétroliers. Une affaire judiciaire révélée en Norvège implique deux Norvégiens et le président du Congo-Brazzaville , Denis Sassou‑Nguesso.
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Le système des revenus pétroliers au Congo Brazzaville

Le parquet norvégien a inculpé, ce 26 janvier, deux ressortissants norvégiens et la filiale du groupe pétrolier Petronor pour corruption, rapporte Reuters. Les accusations révèlent un mécanisme élaboré de capture de ressources. Entre 2016 et 2024, la firme Hemla Africa Holding a orchestré selon le parquet, le versement de dividendes substantiels vers une entité congolaise, MGI International. Cette dernière, contrôlée par des proches de la famille présidentielle, disposait de 25% des parts de la concession offshore PNGF Sud, tandis que Hemla Africa Holding en détenait 75%.

La structure appartenait à Hemla E&P Congo (HEPCO), titulaire de la licence d’exploitation. Le procureur a établi que les deux Norvégiens mis en cause, Gerhard Ludvigsen et Knut Sovold, ont veillé à ce que MGI International reçoive régulièrement sa part des profits générés par l’extraction pétrolière. Jusqu’à fin 2024, ces flux auraient fourni au chef de l’État congolais Sassou-Nguesso et à sa famille un avantage évalué à 24,68 millions de dollars. Au-delà de cette participation directe, des avantages supplémentaires auraient transité par d’autres mécanismes, notamment des prêts et divers services accordés sans justification commerciale.

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Hemla Africa Holding face aux tribunaux nordiques

Face aux accusations, le groupe Petronor a catégoriquement contesté les griefs. Par voie de communiqué, il s’est déclaré disposé à défendre ses positions devant les juridictions. Les deux individus inculpés nient l’ensemble des faits. Leur conseil juridique, l’avocat Halvard Helle, a présenté une défense axée sur la normalité des opérations. Selon lui, la coopération avec des partenaires issus de l’État d’accueil constitue une pratique établie et ordinaire dans l’industrie pétrolière mondiale.

Cette argumentation bute toutefois sur la substance des griefs : la concession elle-même et sa rentabilité auraient été utilisées comme levier pour octroyer une participation lucrative à la sphère présidentielle. Le parquet soutient que cet accord de 25% des revenus, accordé au chef de l’État et à son entourage familial au moment du lancement du projet en 2016, devait être regardé comme la contrepartie d’une faveur souveraine plutôt que comme un simple arrangement contractuel.

Les trois entités et personnalités impliquées devront démontrer devant la justice norvégienne que leurs opérations au Congo Brazzaville ont respecté les normes légales internationales. L’instruction déterminera si la qualité de leur coopération locale occulte une stratégie délibérée de captation de revenus publics au bénéfice d’une famille dirigeante.

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