Une figure historique du nationalisme corse, Alain Orsoni, a été abattue ce lundi 12 janvier 2026 au cimetière de Vero, en Corse-du-Sud. L’ancien président de l’AC Ajaccio, âgé de 72 ans, assistait aux obsèques de sa mère lorsqu’un tireur l’a visé avec une précision mortelle. Cette exécution ravive la spirale de violence qui ensanglante l’île de Beauté depuis des décennies.
Le drame s’est déroulé aux alentours de 16 heures dans ce village de la vallée de la Gravona, situé au nord d’Ajaccio. Selon les témoignages recueillis, l’ancien dirigeant du Mouvement pour l’autodétermination a été touché au thorax par un unique projectile alors que la cérémonie d’enterrement venait de s’achever. L’Abbé Roger Polge, qui célébrait les obsèques, a décrit un moment de stupeur : la détonation a brisé le recueillement, et Orsoni s’est effondré sous les yeux de l’assistance. Les équipes de secours, dépêchées immédiatement sur place, ont tenté de le ranimer durant près d’une heure avant de constater son décès.
Les premières constatations des enquêteurs orientent l’investigation vers un mode opératoire professionnel. Le tir à longue distance suggère qu’un tireur embusqué avait minutieusement préparé son action. Le procureur de la République d’Ajaccio, Nicolas Septe, s’est rendu sur les lieux et a confirmé l’ouverture d’une enquête pour assassinat en bande organisée. La juridiction interrégionale spécialisée de Marseille et le parquet national anticriminalité organisée se sont co-saisis du dossier, signe de la gravité de cette affaire qui résonne comme un nouveau chapitre sanglant de la criminalité corse.
Parcours mouvementé d’un nationaliste controversé
Né le 27 septembre 1954 à Vero, Orsoni s’était engagé dès les années 1970 dans la mouvance indépendantiste corse. Militant puis cadre dirigeant du Front de libération nationale de la Corse, il avait participé aux actions clandestines les plus emblématiques du mouvement, dont l’occupation de la cave d’Aléria en 1975, épisode fondateur qui s’était soldé par la mort de deux gendarmes. Incarcéré en 1980 après avoir été impliqué dans plusieurs attentats sur le continent et dans l’île, il avait bénéficié de l’amnistie décidée par François Mitterrand après une grève de la faim soutenue par les nationalistes.
Son parcours avait été marqué par la tragédie familiale : en 1983, son frère Guy avait été assassiné par des voyous, une erreur puisque c’était Alain qui était initialement visé. En hommage à ce frère disparu, il avait prénommé son fils Guy, né le jour même des représailles menées par le FLNC contre les commanditaires du meurtre. En 1990, il avait fondé le MPA après une scission au sein du mouvement indépendantiste, déclenchant une guerre fratricide avec le FLNC-Canal historique qui avait ensanglanté la Corse durant des années. Cette rivalité l’avait contraint à quitter l’île en 1996 pour un exil de treize ans en Floride, au Nicaragua et en Espagne.
Retour mouvementé et destin funeste dans le football corse
Son retour en Corse en 2008 avait coïncidé avec sa prise de fonction à la présidence de l’AC Ajaccio, succédant à son ami Michel Moretti récemment décédé. Mais dès le mois d’août de cette même année, les forces de l’ordre avaient déjoué un projet d’assassinat le visant. Plusieurs personnes, dont Marie-Jeanne Bozzi, ancienne maire de Grosseto-Prugna, avaient été mises en examen pour association de malfaiteurs. Cette tentative avortée démontrait que ses ennemis n’avaient jamais renoncé à l’éliminer. Malgré cette menace constante, Orsoni était demeuré sur l’île, partageant son temps entre la Corse et l’Amérique centrale où il conservait des intérêts économiques dans le secteur des jeux.



