Davos : pour Trump, Poutine et Zelensky seraient « stupides » de ne pas signer un accord

Le président américain a consacré une partie de son discours au Forum économique mondial ce mercredi 21 janvier aux négociations en cours pour résoudre le conflit ukrainien. Devant les élites économiques et politiques réunies dans la station de ski suisse, il a affirmé que les deux belligérants souhaitaient parvenir à un accord et a même annoncé une rencontre avec son homologue ukrainien dans la journée. Cette déclaration intervient alors que Kiev fait face à une crise énergétique majeure provoquée par les frappes russes massives sur ses infrastructures, obligeant Volodymyr Zelensky à renoncer à son déplacement à Davos.

Le retour de Donald Trump au Forum économique mondial après six années d’absence a été marqué par des déclarations ambitieuses sur le dossier ukrainien. Face à un auditoire suspendu à ses paroles, le locataire de la Maison-Blanche s’est posé en artisan incontournable de la paix, affirmant mener des discussions parallèles avec Moscou et Kiev. Le président américain n’a pas mâché ses mots pour exprimer son impatience face à la lenteur des pourparlers, lançant depuis la tribune : « Je pense que la Russie et l’Ukraine veulent un accord, mais la plupart du temps, le président Zelensky bloque, et quand ce n’est pas lui c’est Poutine. C’est horrible, un bain de sang, une guerre de drones. Je rencontrerai Zelensky aujourd’hui, je pense qu’ils sont prêts à conclure un accord à présent mais s’ils ne le font pas, c’est qu’ils sont stupides ! »

Les déclarations de Trump sur les négociations Ukraine – Russie à Davos

Cette sortie virulente montre la frustration croissante du président américain face à un conflit qu’il avait promis de résoudre rapidement lors de sa campagne électorale. En pointant alternativement du doigt Zelensky et Poutine comme responsables des blocages, Trump tente de maintenir une posture d’équidistance entre les deux parties, une stratégie qui suscite l’inquiétude parmi les alliés européens de l’Ukraine. L’annonce d’une rencontre avec le dirigeant ukrainien dans la journée a toutefois été rapidement démentie par les autorités de Kiev, qui ont précisé que leur chef d’État se trouvait dans la capitale pour gérer la crise humanitaire provoquée par les bombardements russes sur le réseau électrique national. Des millions d’Ukrainiens subissent actuellement des coupures de courant et de chauffage en plein cœur de l’hiver, une situation que Zelensky a qualifiée de priorité absolue justifiant son absence du rendez-vous économique mondial.

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Trump s’est également félicité de ses relations avec Vladimir Poutine, assurant que le maître du Kremlin l’aurait personnellement félicité pour avoir résolu certains conflits internationaux. Cette proximité affichée avec le dirigeant russe continue de susciter des interrogations parmi les alliés européens, qui craignent que les intérêts ukrainiens ne soient sacrifiés sur l’autel d’un rapprochement russo-américain. Le président américain a par ailleurs estimé que c’était à l’OTAN et à l’Europe de s’occuper de l’Ukraine, et non aux États-Unis, soulignant qu’un grand océan séparait son pays du théâtre des opérations. Cette prise de distance avec le soutien occidental à Kiev marque une inflexion notable dans le discours américain, même si Washington continue officiellement de fournir une aide militaire à l’Ukraine.

Le plan de paix américain en 20 points et le sommet d’Alaska

Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Trump a multiplié les initiatives pour tenter de résoudre ce conflit qui dure depuis près de quatre ans. En août dernier, il avait organisé un sommet historique avec Poutine à Anchorage, en Alaska, première rencontre entre les deux dirigeants depuis 2019. Cette réunion, qui s’était déroulée sur la base militaire d’Elmendorf-Richardson, n’avait cependant débouché sur aucun accord de cessez-le-feu, malgré les espoirs initiaux de l’administration américaine.

Les analystes avaient alors estimé que Poutine était sorti gagnant de ce rendez-vous, obtenant une reconnaissance diplomatique majeure sans avoir à concéder quoi que ce soit. Par la suite, Washington a présenté un plan en vingt points négocié avec Moscou, prévoyant notamment un gel du front sur les positions actuelles et des garanties de sécurité pour l’Ukraine. Ce document a été largement retravaillé après les protestations de Kiev, qui jugeait la version initiale trop favorable aux revendications russes. Fin décembre, Trump avait reçu Zelensky dans sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, estimant alors que les pourparlers entraient dans leurs « dernières étapes », une formulation qu’il emploie de nouveau à Davos.

La crise énergétique en Ukraine et l’absence de Zelensky à Davos

L’absence du président ukrainien au Forum économique mondial témoigne de la gravité de la situation sur le terrain. Les frappes russes massives contre les infrastructures énergétiques ont plongé des régions entières dans l’obscurité et le froid, contraignant les autorités à décréter un état d’urgence pour le secteur électrique. Des tentes chauffées ont été déployées dans les cours d’immeubles, le couvre-feu a été assoupli pour permettre les déplacements nocturnes, et les écoles sont fermées jusqu’au premier février. Zelensky a indiqué qu’il n’excluait pas de se rendre à Davos si sa présence s’avérait indispensable pour signer des accords sur la reconstruction ou les garanties de sécurité avec les États-Unis, mais que piloter la réponse à cette crise humanitaire constituait sa priorité immédiate. Cette position contraste avec les déclarations optimistes de Trump sur l’imminence d’une rencontre entre les deux dirigeants.

La délégation américaine présente à Davos comprend plusieurs figures clés des négociations ukrainiennes, notamment Steve Witkoff, émissaire spécial pour le dossier, et Jared Kushner, gendre du président. Leur présence avait alimenté les spéculations sur la possibilité d’avancées significatives durant le forum. Certains observateurs évoquaient même la signature potentielle d’un accord avec Kiev sur le sol suisse. Ces hypothèses semblent désormais compromises par l’absence de Zelensky, qui privilégie la gestion de l’urgence nationale aux discussions diplomatiques internationales. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si les déclarations de Trump à Davos correspondent à une réelle dynamique de négociation ou s’insèrent dans une stratégie de communication destinée avant tout à son électorat américain, à quelques mois des cruciales élections de mi-mandat.

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