L’actrice sénégalaise Halima Gadji, révélée au grand public par son interprétation magistrale de Marème Dial dans la série « Maîtresse d’un homme marié », est décédée ce lundi 26 janvier 2026 à Dakar, à l’âge de 36 ans. Selon ses proches, la comédienne aurait été emportée par un malaise soudain, alors qu’elle n’était pas malade. Cette disparition brutale plonge le monde artistique sénégalais et africain dans une profonde consternation.
Halima Gadji : une actrice sénégalaise au parcours hors du commun
Née le 25 août 1989 à Dakar, entre les quartiers de la Médina et de Sacré-Cœur, Halimatou Gadji portait en elle un héritage métissé, fruit d’un père sénégalais et d’une mère d’origine maroco-algérienne. Son chemin vers les projecteurs n’avait pourtant rien d’évident. Confrontée dès l’enfance à un bégaiement qui lui valait d’être rejetée lors des castings qu’elle passait depuis l’âge de quinze ans, elle a dû puiser dans une détermination exceptionnelle pour s’imposer. Après avoir quitté le système scolaire en classe de cinquième, la jeune femme s’est tournée vers le mannequinat dès 2013, posant pour diverses marques et apparaissant dans des publicités télévisées. Deux années plus tard, elle effectuait ses premiers pas devant la caméra dans « Tundu Wundu », une série réalisée par Abdoulahad Wone qui allait être distinguée au FESPACO. Sa participation à « Sakho & Mangane », série policière diffusée sur Netflix et Canal+ Afrique, lui a permis d’élargir son audience bien au-delà des frontières sénégalaises, avant que le rôle de Marème Dial ne la propulse définitivement au rang d’icône panafricaine.
La série « Maîtresse d’un homme marié », produite par Marodi TV et diffusée entre 2019 et 2021, a constitué un véritable phénomène télévisuel qui a transcendé les frontières du Sénégal pour conquérir les téléspectateurs de toute l’Afrique francophone et de la diaspora. Ce succès lui a valu le prix de la meilleure interprétation féminine aux Sotigui Awards en 2020, consécration qui témoignait de la reconnaissance de ses pairs. En avril 2023, elle avait été choisie comme marraine du 39e Festival international de cinéma Vues d’Afrique à Montréal, attestant de son rayonnement sur la scène culturelle internationale. Au-delà du petit écran, la comédienne s’était également investie dans des projets engagés, notamment le documentaire « Don’t Call me Fire » réalisé par Oualid Khelifi en 2021, dans lequel elle abordait avec une sincérité désarmante les questions de santé mentale, de dépression et d’identité culturelle.
L’héritage artistique d’une étoile du cinéma africain
Cette disparition laisse un vide considérable dans le paysage audiovisuel continental. Halima Gadji incarnait une nouvelle génération d’actrices africaines, capables de porter des rôles complexes et de susciter le débat sociétal. Elle avait d’ailleurs confié que son personnage de Marème Dial, qu’elle trouvait initialement trop hautain, était devenu « le miroir de toutes ces femmes qui ont envie de raconter comment elles en sont arrivées là ». Cette capacité à transformer un rôle controversé en support de réflexion sur la condition féminine témoignait de son intelligence artistique et de son engagement. Issue d’une famille religieuse qui voyait d’un œil méfiant le monde du spectacle, elle avait su gagner la confiance des siens en démontrant que sa passion constituait un véritable métier. Son frère Kader Gadji, également acteur, perpétue cet héritage familial dans le domaine artistique.
Les circonstances exactes de son décès demeurent pour l’heure entourées d’une certaine discrétion. Ses proches évoquent un malaise survenu de manière inattendue, sans que des précisions supplémentaires n’aient été communiquées. Cette fin prématurée rappelle tragiquement la fragilité de l’existence, d’autant plus poignante pour une artiste qui avait publiquement évoqué ses combats contre la dépression et ses difficultés à se détacher de son personnage emblématique.
Le Sénégal et l’Afrique tout entière perdent ainsi une voix singulière, une comédienne qui avait su transformer chaque rôle en miroir tendu vers la société, forçant le public à regarder ce qu’il préférait parfois ignorer.
