Le président américain Donald Trump s’est positionné comme médiateur potentiel dans le différend persistant qui oppose l’Égypte à l’Éthiopie au sujet du Grand barrage de la Renaissance. Cette initiative intervient alors que les tensions demeurent vives entre les deux nations africaines concernant la gestion des eaux du Nil. L’enjeu central porte sur la sécurité hydrique de l’Égypte, dont la survie dépend à plus de 90 % des eaux du fleuve historique. La proposition américaine vise à débloquer une situation diplomatique enlisée depuis plus d’une décennie.
D’après Business Insider Africa, la Maison-Blanche a confirmé la volonté du président Trump de faciliter un dialogue constructif entre Le Caire et Addis-Abeba. Cette démarche s’inscrit dans la stratégie diplomatique du dirigeant américain qui privilégie les interventions directes dans les crises internationales. L’administration Trump cherche ainsi à renouer avec une approche interventionniste en Afrique, région où les États-Unis tentent de consolider leur influence face à d’autres puissances mondiales.
L’initiative présidentielle survient dans un climat de méfiance réciproque entre les deux capitales. Les autorités éthiopiennes maintiennent leur position sur leur droit souverain à exploiter les ressources hydrauliques de leur territoire national. De son côté, le gouvernement égyptien continue d’exprimer ses préoccupations quant aux conséquences potentielles sur son approvisionnement en eau potable et sur son agriculture irriguée, pilier de son économie.
Le Nil Bleu au cœur d’un mégaprojet controversé
Le Grand barrage de la Renaissance se dresse majestueusement sur le Nil Bleu, en territoire éthiopien, avec des dimensions impressionnantes de 1,8 kilomètre de largeur et 145 mètres de hauteur. Cet ouvrage colossal représente le plus important projet hydroélectrique du continent africain, affichant une puissance installée de 5 150 mégawatts qui le classe parmi les vingt centrales les plus puissantes au monde. Inauguré en septembre 2025 lors du deuxième Sommet africain, le barrage incarne les ambitions énergétiques de l’Éthiopie et sa volonté de devenir un acteur majeur de la production électrique régionale.
L’infrastructure permet théoriquement à Addis-Abeba de transformer radicalement son paysage énergétique et de commercialiser son électricité vers les pays voisins. Pour l’Éthiopie, ce projet titanesque symbolise une renaissance économique et un levier de développement capable de sortir des millions de citoyens de la pauvreté. Le barrage constitue également un symbole national fort, financé essentiellement par des contributions internes et représentant un investissement de plusieurs milliards de dollars.
Toutefois, la position stratégique de l’ouvrage en amont du Nil génère des inquiétudes légitimes au Caire. Les autorités égyptiennes redoutent notamment les phases de remplissage du réservoir, susceptibles de diminuer substantiellement le débit du fleuve pendant plusieurs années. Cette réduction pourrait affecter gravement l’agriculture égyptienne, les ressources en eau douce de millions d’habitants et compromettre la production hydroélectrique nationale du barrage d’Assouan.
Une médiation américaine déjà tentée sans succès
L’administration Trump avait déjà essayé d’orchestrer un compromis lors du premier mandat présidentiel en 2020, sans parvenir à réconcilier les positions divergentes. Les négociations tripartites impliquant également le Soudan s’étaient heurtées à des désaccords fondamentaux sur les modalités de remplissage du réservoir et sur les mécanismes de gestion en période de sécheresse. L’Éthiopie avait finalement poursuivi unilatéralement le remplissage du barrage, provoquant l’indignation diplomatique du Caire.
Les contentieux portent principalement sur l’absence d’accord juridiquement contraignant garantissant un débit minimal pour l’Égypte. Le gouvernement égyptien revendique des engagements formels concernant les volumes d’eau relâchés quotidiennement, tandis qu’Addis-Abeba refuse toute limitation qu’elle considère comme une atteinte à sa souveraineté. Les discussions techniques se sont enlisées autour des scénarios hydrologiques, des périodes de sécheresse extrême et des mécanismes de résolution des différends futurs.
Washington cherche à s’imposer comme arbitre régional
La nouvelle proposition de médiation américaine intervient dans un contexte géopolitique où plusieurs acteurs internationaux tentent de peser sur le dossier. L’Union africaine avait précédemment tenté de faciliter un dialogue sans résultat tangible, tandis que d’autres puissances observent attentivement l’évolution du dossier. Trump semble déterminé à obtenir un succès diplomatique susceptible de renforcer la crédibilité américaine sur le continent africain.
Les observateurs diplomatiques restent toutefois sceptiques quant aux chances de réussite de cette médiation, compte tenu de l’échec précédent et de la rigidité des positions nationales. L’Éthiopie pourrait percevoir toute pression américaine comme une ingérence dans ses affaires intérieures, d’autant que le barrage fonctionne désormais partiellement. L’Égypte, de son côté, pourrait exiger des garanties que l’Éthiopie considérera comme inacceptables, perpétuant ainsi l’impasse diplomatique.
La question demeure de savoir si Washington dispose des leviers d’influence nécessaires pour convaincre les deux parties de faire des concessions substantielles. L’issue de cette initiative pourrait définir durablement la gestion des ressources hydriques transfrontalières en Afrique et servir de précédent pour d’autres différends similaires sur le continent.



