Espagne : Carmelo Ovono Obiang, l’un des fils du président équato-guinéen, face à la justice

Un membre de la famille présidentielle de Guinée équatoriale doit répondre à des accusations graves devant un juge espagnol. Carmelo Ovono Obiang, fils du chef de l’État équato‑guinéen, est attendu le 5 février par visioconférence dans le cadre d’une enquête sur l’enlèvement en 2019 de quatre opposants résidant en Europe. Cette convocation  révèle  des allégations de détention forcée, de transfert clandestin et de traitements inhumains, soulevant des questions clés sur les droits humains. L’enjeu est double : juridique, avec l’examen des responsabilités individuelles, et politique, au regard de la réputation internationale de la Guinée équatoriale.

L’affaire remonte à plusieurs années de tensions entre des opposants politiques équato‑guinéens et le régime en place à Malabo. Ces opposants, certains résidant légalement en Espagne, ont porté plainte après avoir été capturés à l’étranger et transférés par avion vers la Guinée équatoriale, où ils ont été condamnés par des juridictions locales pour des accusations de complot et de tentative de coup d’État. Au cœur de l’enquête figure la question de savoir si ces captations sont le résultat d’actions planifiées par des responsables de l’appareil sécuritaire du pays. L’audition programmée le 5 février doit permettre au juge d’entendre la version de Carmelo Ovono Obiang sans qu’il ne se déplace physiquement en Espagne.

Les autorités judiciaires espagnoles s’appuient sur le principe de compétence universelle limitée, qui autorise l’examen de certains crimes graves lorsqu’ils impliquent des ressortissants ou le territoire espagnol. Dans ce dossier précis, plusieurs plaignants résidaient légalement en Espagne au moment des faits allégués, ce qui a ouvert la voie à l’instruction. L’audition ne préjuge toutefois pas d’une mise en accusation formelle, la procédure restant au stade de l’enquête.

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La famille Obiang et le rôle de Carmelo Ovono Obiang dans le régime

La Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole indépendante depuis 1968, est dirigée depuis 1979 par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, l’un des chefs d’État les plus anciens du monde. Sous son gouvernement, le pays a connu une forte centralisation du pouvoir autour du président et de son cercle proche, notamment sa famille et ses collaborateurs directs. Ce système politique est souvent critiqué pour sa gouvernance autoritaire et les nombreuses accusations de violations des droits humains qui pèsent contre son administration.

Parmi les enfants de Teodoro Obiang, Carmelo Ovono Obiang occupe une place stratégique. Il a été secrétaire d’État et vice‑ministre en charge de la sécurité extérieure, avec des responsabilités importantes dans la collecte de renseignements et la sécurité internationale du régime. Il a également résidé en Espagne et possède des liens personnels et professionnels dans le pays, ce qui explique en partie l’intérêt des autorités judiciaires espagnoles pour son rôle présumé dans des opérations transnationales.

L’enquête espagnole ne cible pas seulement Ovono Obiang : plusieurs hauts responsables de la sécurité équato‑guinéenne ont été également cités à comparaître le 5 février. Il s’agit notamment d’Isaac Nguema, directeur de la sécurité présidentielle, et Nicolás Obama, ministre d’État. Cette stratégie judiciaire vise à examiner de manière globale l’implication de l’appareil sécuritaire du régime dans les faits dénoncés.

Enquête espagnole sur les enlèvements d’opposants : faits et exemples concrets

Les allégations au centre de cette procédure sont particulièrement graves. Quatre opposants politiques auraient été appréhendés à l’étranger avant d’être transportés clandestinement vers la Guinée équatoriale. Parmi eux figuraient des ressortissants ou résidents espagnols. Une fois arrivés dans leur pays d’origine, ces opposants auraient été incarcérés, soumis à des conditions sévères et jugés par des tribunaux locaux sans garanties processuelles reconnues internationalement.

Un élément clé de l’instruction mentionne le transport des détenus dans un avion présidentiel, où se trouvaient également Carmelo Ovono Obiang et d’autres hauts responsables du régime. Ces opposants auraient ensuite été livrés à des autorités locales, subissant des peines de prison lourdes, allant de 60 à 90 ans pour des accusations de complot contre le gouvernement. L’un des accusés, dual national, serait décédé en détention après avoir dénoncé des traitements brutaux.

Les documents judiciaires évoquent aussi des scènes de transfert forcé : capturés dans des circonstances trompeuses, les victimes auraient été mises dans des avions officiels, transportées sur de longues distances avec la complicité apparente d’agents gouvernementaux, et ensuite jugées dans des procès qualifiés de « sans garanties ». Ce type de faits, s’ils sont confirmés, pourrait s’apparenter à des crimes relevant du droit international, justifiant ainsi l’examen par une juridiction étrangère.

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