Haïti : où se trouve Barbecue après les frappes de drones sur ses résidences à Port-au-Prince ?

Jimmy Chérizier, surnommé Barbecue, reste introuvable plusieurs jours après l’opération militaire du 14 janvier 2026 qui a pulvérisé au moins deux de ses propriétés dans le quartier de Delmas 6. Les forces de sécurité haïtiennes, appuyées par des contractants privés et la police kenyane, ont intensifié leur offensive contre la coalition Viv Ansanm sans parvenir à neutraliser son chef emblématique. Les organisations de défense des droits humains évoquent des fuites d’informations ayant permis aux leaders criminels d’échapper aux frappes. Le silence entourant la localisation de cet ancien policier devenu figure majeure du chaos haïtien alimente toutes les spéculations.

Frappes de drones à Delmas 6 : destruction des bastions de Jimmy Chérizier

Les images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une explosion d’une violence inouïe réduisant en cendres un bâtiment imposant équipé de nombreux panneaux solaires. Cette opération du mercredi 14 janvier 2026 a mobilisé plusieurs unités spécialisées de la Police nationale haïtienne travaillant de concert avec les Forces armées d’Haïti et des agents de sécurité privés identifiés comme appartenant à la société Vectus Global. Un épais nuage de fumée grise s’est élevé dans le ciel de la capitale tandis que les habitants du secteur observaient la scène avec un mélange de stupeur et d’espoir. Selon les déclarations officielles de Frantz Lerebours, responsable de la communication policière, cette intervention visait à empêcher définitivement le retour des groupes armés dans cette zone stratégique longtemps considérée comme le fief incontesté du chef de gang.

Pourtant, malgré l’ampleur des moyens déployés et la destruction totale des infrastructures ciblées, aucune confirmation officielle n’a été apportée concernant le sort de Barbecue lui-même. Les autorités n’ont communiqué ni sur une éventuelle blessure, ni sur une capture, encore moins sur un décès. Cette absence d’information tranche avec les annonces triomphales du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé qui avait qualifié l’opération de succès majeur moins de quarante-huit heures après la création de sa task force gouvernementale. Le Réseau national de défense des droits humains a souligné que les précédentes tentatives similaires dans le secteur du Bas-Delmas n’avaient jamais permis d’appréhender les principaux responsables criminels, suggérant que ces derniers bénéficieraient d’avertissements préalables leur permettant de se mettre à l’abri.

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L’ascension sanglante de Barbecue dans le chaos haïtien

Né en 1977 dans le quartier populaire de Delmas, Jimmy Chérizier a gravi les échelons de la Police nationale haïtienne avant d’intégrer l’unité spéciale UDMO chargée du maintien de l’ordre. Son parcours a basculé en novembre 2018 lorsqu’il aurait orchestré le massacre de La Saline faisant au moins soixante-et-onze victimes et détruisant plus de quatre cents habitations dans ce bidonville de Port-au-Prince. Congédié un mois plus tard et visé par un mandat d’arrêt, il a choisi la clandestinité plutôt que la reddition, consolidant progressivement son emprise sur plusieurs secteurs de la capitale. En juin 2020, il a annoncé la création du G9 et Famille, une fédération regroupant initialement neuf groupes armés qui s’est ensuite élargie à plus d’une douzaine de factions contrôlant des artères vitales permettant d’isoler Port-au-Prince du reste du territoire national.

Les accusations portées contre lui incluent des massacres successifs ayant fait des dizaines de morts entre 2020 et 2021 dans les quartiers de Bel Air et Cité Soleil. Des témoignages recueillis par les organisations humanitaires décrivent des exécutions sommaires, des incendies criminels et des violences sexuelles systématiques perpétrées sous sa direction ou avec son aval. En décembre 2020, le département du Trésor américain lui a imposé des sanctions le désignant comme responsable de graves violations des droits fondamentaux. Deux ans plus tard, le Conseil de sécurité des Nations Unies a unanimement voté une résolution instaurant un gel de ses avoirs, une interdiction de voyager et un embargo sur les armes le concernant. Washington offre désormais cinq millions de dollars pour toute information conduisant à son arrestation, tandis qu’un acte d’accusation fédéral a été révélé en août 2025 pour financement illégal de ses activités criminelles en violation des sanctions américaines.

Offensive des forces de sécurité haïtiennes contre la coalition Viv Ansanm

Depuis la fin décembre 2025, les opérations se sont multipliées dans le centre de Port-au-Prince avec le soutien de la Mission multinationale de soutien à la sécurité comprenant des policiers kenyans et des contractants militaires privés liés à Erik Prince. Ces interventions combinent des frappes aériennes par drones kamikazes et des progressions terrestres accompagnées de bulldozers détruisant les habitations utilisées comme bases arrière par les groupes armés. Les résultats communiqués par la direction générale de la police font état de trente-trois armes à feu saisies incluant des fusils automatiques, ainsi que plus de douze mille cartouches récupérées lors des perquisitions menées entre le 31 décembre et le 11 janvier. Les gangs affiliés à Viv Ansanm contrôleraient encore environ quatre-vingt-dix pour cent de la capitale selon les estimations onusiennes, perpétrant quotidiennement meurtres, enlèvements et viols qui ont provoqué le déplacement de près d’un million quatre cent mille personnes à travers le pays.

L’échéance du 7 février prochain marque la fin officielle du mandat du gouvernement de transition sans qu’aucun plan de succession politique n’ait été annoncé. Cette incertitude institutionnelle complique considérablement la stratégie sécuritaire alors que Barbecue a exprimé par le passé des ambitions politiques, réclamant une amnistie générale pour les membres des gangs et proposant la mise en place d’un conseil de sages incluant des figures comme lui. Par le passé, notamment en mars 2025, il avait démenti des rumeurs similaires concernant sa mort en publiant une vidéo horodatée où il affirmait disposer des mêmes équipements que les forces gouvernementales. Tant que sa localisation demeurera inconnue et qu’aucune preuve tangible de sa neutralisation ne sera fournie, la population haïtienne continuera de vivre dans l’angoisse d’une résurgence violente de celui qui incarne depuis des années le visage de la terreur à Port-au-Prince.

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