L’Arabie saoudite vient d’annoncer le lancement immédiat d’achats d’or en provenance du Soudan, marquant une offensive stratégique sur le commerce des métaux précieux africains. Cette initiative, dévoilée lors du cinquième Forum des Minéraux du Futur à Riyad le 17 janvier 2026, place le royaume en concurrence directe avec Dubaï, hub traditionnel du négoce aurifère continental. L’enjeu dépasse la simple transaction commerciale : il s’agit de redessiner les routes du commerce de l’or africain et d’offrir aux producteurs du continent de nouvelles alternatives pour valoriser leurs ressources stratégiques.
La Saudi Gold Refinery Company, entreprise publique saoudienne, a officialisé sa disponibilité pour acquérir immédiatement des lingots d’or soudanais. Cette déclaration intervient après une rencontre de haut niveau entre Bandar Alkhorayef, ministre saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales, et son homologue soudanais Nour al-Dayem al-Taha. Suleiman bin Saleh al-Othaim, président de la raffinerie saoudienne, a confirmé la capacité opérationnelle de son institution à démarrer sans délai les transactions avec Khartoum.
Cette manœuvre commerciale s’inscrit dans une ambition plus large du royaume wahhabite de diversifier son économie au-delà des hydrocarbures. En ciblant le secteur aurifère africain, Riyad entend capter une partie des flux qui transitent massivement par les Émirats arabes unis depuis des décennies. Le timing choisi n’est pas anodin : le Soudan traverse une période de bouleversements économiques et politiques qui le pousse à reconsidérer ses partenariats commerciaux traditionnels.
Le Soudan cherche de nouveaux débouchés après l’ère des sanctions
Pour Khartoum, cette ouverture saoudienne représente une opportunité majeure de légitimer et d’officialiser ses exportations aurifères. Pendant des années, le pays a vu une partie significative de sa production d’or emprunter des circuits informels vers Dubaï, échappant ainsi aux recettes fiscales gouvernementales. Les sanctions internationales qui ont longtemps pesé sur le Soudan ont encouragé la contrebande et les transactions opaques, privant l’État de revenus pourtant vitaux pour son développement.
La recherche de nouveaux partenaires commerciaux intervient également dans un contexte où le Soudan tente de redresser une économie fragilisée. Depuis la sécession du Soudan du Sud en 2011, qui a emporté avec elle la majeure partie des réserves pétrolières, l’extraction aurifère est devenue la principale source de devises étrangères pour le pays. Cette dépendance accrue au secteur minier rend d’autant plus cruciale la sécurisation de débouchés fiables et transparents pour les exportations.
L’or, moteur économique vital pour les nations africaines productrices
Les métaux précieux constituent une colonne vertébrale économique pour de nombreux États africains. Au-delà du Soudan, des pays comme le Ghana, le Mali, le Burkina Faso, la Tanzanie ou l’Afrique du Sud dépendent fortement des revenus générés par l’extraction et l’exportation d’or. Ces devises étrangères permettent de financer les importations essentielles, d’équilibrer les balances commerciales et d’alimenter les budgets publics consacrés aux infrastructures et aux services sociaux.
Le secteur aurifère crée également des milliers d’emplois, tant dans l’extraction industrielle que dans l’exploitation artisanale qui fait vivre des communautés entières. Les recettes fiscales issues de cette activité représentent souvent une part substantielle des revenus gouvernementaux, notamment dans les pays où la diversification économique reste limitée. Toutefois, la valorisation optimale de cette richesse naturelle dépend largement de la capacité des États à établir des partenariats commerciaux équitables et transparents avec les acheteurs internationaux.
La volatilité des cours internationaux de l’or et les fluctuations des devises impactent directement les économies de ces nations productrices. Disposer de multiples débouchés commerciaux offre une certaine protection contre les chocs économiques et renforce le pouvoir de négociation des gouvernements africains. C’est précisément dans cette perspective que l’initiative saoudienne pourrait modifier l’équilibre du marché.
Riyad défie l’hégémonie de Dubaï sur le commerce aurifère continental
L’émirat de Dubaï s’est imposé depuis longtemps comme la plaque tournante incontournable du négoce d’or africain. Ses raffineries ultramodernes, sa zone franche commerciale et son positionnement géographique stratégique ont attiré des flux massifs de métaux précieux en provenance du continent. Toutefois, cette domination a souvent été critiquée pour le manque de traçabilité des transactions et les soupçons de blanchiment concernant une partie de l’or traité.
L’Arabie saoudite mise sur son statut de puissance régionale et sur ses relations diplomatiques croissantes avec plusieurs pays africains pour se positionner comme alternative crédible. Le royaume dispose des infrastructures nécessaires et affiche des ambitions d’expansion économique continentale qui dépassent le seul secteur minier. Cette offensive sur le marché de l’or pourrait préfigurer un engagement saoudien plus large dans les ressources naturelles africaines.



