Depuis plusieurs mois, le Mali affiche une volonté affirmée de reprendre la main sur des secteurs jugés déterminants pour son économie et sa sécurité. Cette orientation se traduit par une présence accrue de l’État dans des domaines longtemps dominés par des acteurs privés ou étrangers, notamment les industries extractives. Une démarche comparable est observée chez d’autres pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), où les autorités privilégient désormais des dispositifs donnant un rôle central aux pouvoirs publics dans l’exploitation et la gestion des ressources. Cette dynamique trouve aujourd’hui une nouvelle illustration dans le secteur minier malien, à travers une initiative ciblant un maillon essentiel de la chaîne de production.
L’État malien a en effet officialisé sa participation majoritaire dans une nouvelle société spécialisée dans la fabrication d’explosifs industriels, créée en partenariat avec la société chinoise Auxin Chemical Technology rapporte MiningWeekly. En détenant 51 % du capital, Bamako devient l’actionnaire principal de cette entité, un positionnement qui marque un tournant dans la gestion des intrants stratégiques utilisés par les compagnies minières opérant sur le territoire.
Le Mali renforce son contrôle sur les intrants stratégiques du secteur minier
Les explosifs industriels constituent un élément indispensable pour l’exploitation de nombreuses mines, en particulier dans l’extraction de l’or, ressource clé de l’économie malienne. Jusqu’ici, leur production et leur approvisionnement dépendaient largement de circuits extérieurs. En prenant une participation majoritaire dans une société dédiée à cette activité, l’État malien cherche avant tout à mieux maîtriser un segment sensible, à la fois sur le plan économique et sécuritaire.
La nouvelle structure, fruit du partenariat avec Auxin Chemical Technology, est destinée à produire localement des explosifs à usage civil, principalement pour les besoins des exploitations minières. Le partenaire chinois apporte son expertise technique et industrielle, tandis que la majorité détenue par l’État confère à ce dernier un droit de regard renforcé sur les orientations stratégiques de l’entreprise, sa gouvernance et ses capacités de production.
Cette prise de participation permet également au Mali de diversifier ses leviers d’action dans le secteur extractif. Au-delà de la fiscalité et des cadres réglementaires, l’État devient un acteur direct dans la fourniture d’intrants clés, avec des effets immédiats sur la sécurisation des approvisionnements et la réduction des dépendances.
Partenariat Mali–Chine autour des explosifs industriels et de la souveraineté économique
Le choix d’Auxin Chemical Technology comme partenaire n’est pas anodin. La société chinoise dispose d’une expérience reconnue dans la production d’explosifs industriels et dans l’accompagnement de projets similaires sur d’autres marchés. Dans ce schéma, la répartition du capital traduit un équilibre recherché par les autorités maliennes : bénéficier d’un savoir-faire étranger tout en conservant la majorité des décisions.
Ce montage reflète une évolution des relations économiques entre le Mali et ses partenaires internationaux, où la coopération prend de plus en plus la forme de coentreprises à majorité publique. Il répond également à une logique de sécurisation des secteurs jugés sensibles, sans pour autant exclure l’apport de capitaux et de compétences extérieurs.
Sur le plan opérationnel, la mise en place de cette société d’explosifs pourrait faciliter l’approvisionnement des mines en produits conformes aux normes en vigueur, tout en améliorant la traçabilité et le contrôle des flux. Il est possible que cette initiative contribue aussi à renforcer les capacités locales, notamment à travers le transfert de compétences et la création d’emplois liés à l’exploitation de l’usine.



