Maghreb: la Chine réalise le 1er chemin de fer désertique de fret lourd

Depuis plus d’une décennie, la Chine multiplie les investissements au Maghreb, touchant aussi bien l’énergie, les télécommunications, les ports que les infrastructures de transport. Cette présence économique croissante s’appuie sur des partenariats étatiques et des chantiers de grande ampleur, souvent présentés comme des leviers de transformation structurelle. C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’achèvement, en Algérie, d’un projet ferroviaire hors norme : le premier chemin de fer désertique de fret lourd jamais réalisé sur le continent africain.

L’infrastructure, connue sous le nom de chemin de fer minier de l’Ouest, marque une étape majeure pour le pays nord-africain. Elle combine transport de marchandises lourdes et desserte de voyageurs, tout en répondant à des contraintes géographiques et climatiques parmi les plus exigeantes au monde. Par son ampleur, ses choix techniques et son rôle économique, cette ligne dépasse le simple cadre d’un projet de transport pour devenir un outil stratégique au service de la valorisation des ressources nationales.

Dans le Sahara algérien, une ligne ferroviaire dédiée au fret minier lourd

Longue de 575 kilomètres, la nouvelle ligne traverse des zones désertiques jusque-là peu connectées aux réseaux logistiques structurants. Elle a été conçue pour supporter des trains de marchandises affichant une charge par essieu de 32,5 tonnes, un standard élevé qui la classe directement dans la catégorie du fret lourd. En parallèle, l’infrastructure peut accueillir des trains de voyageurs circulant jusqu’à 160 km/h, ce qui renforce sa polyvalence.

Publicité

L’un des objectifs centraux de cette ligne est de relier le gisement de minerai de fer de Gara Djebilet, situé dans le sud-ouest du pays, aux zones industrielles et aux axes d’exportation. Cette connexion directe modifie en profondeur les conditions d’exploitation de ce site, considéré comme l’un des plus importants réservoirs de fer du continent. Selon les estimations avancées par des experts du secteur, la ligne pourrait permettre le transport de près de 20 millions de tonnes de minerai par an, un volume qui renforcerait sensiblement la filière sidérurgique nationale.

Parmi les ouvrages emblématiques du tracé figure le pont pour charges lourdes PK330, long de six kilomètres, érigé dans la province de Tindouf. Il s’agit du plus long ouvrage ferroviaire de ce type en Afrique, conçu spécifiquement pour supporter le passage répété de convois miniers. Son achèvement a constitué un jalon technique décisif, tant par les volumes mobilisés que par les normes de sécurité mises en œuvre.

China Railway Construction Corporation au cœur des technologies ferroviaires en Algérie

La réalisation du projet a reposé sur une coopération étroite entre des partenaires étatiques algériens et la China Railway Construction Corporation. Pour l’entreprise chinoise, il s’agit de la plus grande infrastructure jamais construite en Algérie, un chantier mobilisant des moyens humains et matériels considérables.

Les travaux se sont déroulés sur plus de deux ans dans un environnement marqué par des températures extrêmes, des vents de sable fréquents et une disponibilité limitée en eau. Malgré ces contraintes, les équipes ont achevé le chantier avec trois mois d’avance sur le calendrier initial. Cette performance a été rendue possible par l’introduction de technologies nouvelles pour le secteur ferroviaire algérien, notamment la première machine de pose de voies CPG500 utilisée dans le pays et des procédés de soudage automatisé des rails.

Au total, plus de 580 kilomètres de voies ont été posées et soudées, garantissant une continuité adaptée aux convois lourds et une réduction des besoins de maintenance à moyen terme. Ces choix techniques traduisent une volonté d’installer une infrastructure durable, capable de répondre à une exploitation intensive sans compromettre la sécurité ou la régularité du trafic.

Au-delà de l’aspect matériel, le projet a également eu un impact social notable. Des milliers d’emplois locaux ont été créés durant la phase de construction, et plus de 1 000 travailleurs algériens ont bénéficié de formations spécifiques aux nouvelles technologies ferroviaires. Les autorités y voient un transfert de compétences utile pour les futurs projets d’infrastructures du pays.

Un levier économique aux effets immédiats

Avec la mise en service progressive de cette ligne, l’Algérie dispose désormais d’un outil logistique capable de réduire les coûts de transport du minerai, d’améliorer la fiabilité des flux et d’accroître la compétitivité de sa production sidérurgique. La connexion directe entre les zones minières et les centres industriels facilite également l’émergence de nouvelles activités en aval, liées au traitement et à la transformation des ressources.

Pour la Chine, ce chantier renforce sa position de partenaire clé dans la réalisation d’infrastructures complexes en Afrique du Nord, tout en illustrant sa capacité à intervenir dans des environnements extrêmes. Le chemin de fer minier de l’Ouest pourrait ainsi servir de référence technique pour d’autres projets ferroviaires destinés au transport de marchandises lourdes dans des régions désertiques du continent, là où l’éloignement des ports et des marchés a longtemps freiné l’exploitation des ressources.

En reliant le Sahara minier aux réseaux économiques nationaux, l’Algérie fait le choix d’une infrastructure structurante, pensée pour répondre à des besoins immédiats et mesurables. Le premier chemin de fer désertique de fret lourd d’Afrique n’est pas seulement un exploit technique : il devient un instrument concret de transformation économique, au croisement des ambitions nationales et des partenariats internationaux.

Laisser un commentaire