L’industriel nigérian Abdulsamad Rabiu vient de franchir un cap historique en dépassant les 10 milliards de dollars de fortune personnelle selon l’indice Bloomberg Billionaires. Cette ascension fulgurante fait de lui le quatrième homme le plus riche d’Afrique et le troisième Nigérian à atteindre ce seuil symbolique après Aliko Dangote et Mike Adenuga. Pour la première fois depuis plusieurs années, deux milliardaires noirs africains figurent simultanément parmi les cinq plus grandes fortunes du continent. Cette configuration inédite montre la montée en puissance des industriels ouest-africains sur l’échiquier économique continental.
La fortune du fondateur de BUA Group atteint des sommets historiques
Les premiers jours de l’année 2026 ont confirmé la trajectoire exceptionnelle d’Abdulsamad Rabiu, dont les avoirs personnels ont bondi de manière spectaculaire. Selon les données compilées par Bloomberg, le patron du conglomérat BUA Group a engrangé près de 208 millions de dollars supplémentaires en seulement six journées de cotation, propulsant sa richesse totale aux alentours de 10,8 milliards de dollars. Cette performance remarquable le positionne désormais au 337e rang mondial des personnalités les plus fortunées de la planète, une progression considérable par rapport à sa situation au début de l’année précédente où sa fortune avoisinait les 5,1 milliards de dollars. Le doublement de ses actifs en l’espace de douze mois témoigne de la vitalité exceptionnelle de ses participations industrielles, portées par un marché boursier nigérian particulièrement dynamique et des résultats opérationnels solides dans ses principales filiales cotées.
Cette envolée patrimoniale repose essentiellement sur la valorisation de ses deux fleurons industriels inscrits à la Bourse de Lagos. Les actions de BUA Cement, deuxième cimentier du pays, ont enregistré une appréciation significative qui a mécaniquement rehaussé la valeur de sa participation de contrôle estimée à 98 % du capital. Plus impressionnante encore, la performance boursière de BUA Foods dont le cours a progressé de plus de 92 % sur un an, gonflant la valorisation de sa part de 92,63 % à environ 9,28 milliards de dollars. Cette entreprise agroalimentaire, spécialisée dans le raffinage de sucre, la production de farine et de pâtes alimentaires, constitue désormais le principal moteur de son enrichissement personnel et fait de lui le premier investisseur individuel par la valeur à la Bourse nigériane, devançant même son compatriote et rival Aliko Dangote.
Abdulsamad Rabiu : parcours d’un bâtisseur d’empire industriel au Nigeria
Né en 1960 à Kano, grande métropole commerciale du nord du Nigeria, Abdulsamad Rabiu a grandi au sein d’une famille déjà implantée dans le monde des affaires. Son père, Isyaku Rabiu, avait fondé une entreprise diversifiée opérant dans la manufacture, la finance et l’immobilier. Après des études d’économie à la Capital University dans l’Ohio aux États-Unis, le jeune homme rentre au pays à l’âge de 24 ans pour reprendre les rênes de l’entreprise familiale. En 1988, il crée BUA Group en démarrant par l’importation de denrées alimentaires, de fer et d’acier. La transformation du groupe en puissance industrielle s’opère progressivement à travers une série d’acquisitions stratégiques, notamment celle de la Cement Company of Northern Nigeria en 2009 qui marque son entrée décisive dans le secteur cimentier. L’introduction en bourse de BUA Cement en janvier 2020 puis celle de BUA Foods deux ans plus tard accélèrent considérablement la croissance de son patrimoine et sa visibilité auprès des investisseurs internationaux.
La réussite de ce sexagénaire repose sur une stratégie d’intégration verticale et d’expansion méthodique de ses capacités de production. Ses usines de ciment rivalisent désormais avec celles du groupe Dangote pour approvisionner le gigantesque marché nigérian de la construction, tandis que sa branche agroalimentaire s’impose comme un acteur incontournable de la sécurité alimentaire nationale. Les résultats financiers récents attestent de cette dynamique vertueuse : BUA Foods a dégagé un bénéfice de 405 milliards de nairas sur les neuf premiers mois de 2025, soit plus du double de la période comparable de l’exercice précédent, avec un chiffre d’affaires porté à 1 420 milliards de nairas malgré les pressions inflationnistes et les perturbations logistiques persistantes.
Deux milliardaires noirs parmi les cinq plus riches d’Afrique : une configuration inédite
Le franchissement du seuil des 10 milliards de dollars par Rabiu bouleverse la hiérarchie traditionnelle des grandes fortunes africaines, longtemps dominée par les héritiers des mines sud-africaines et les magnats égyptiens. Aliko Dangote conserve certes sa position de leader continental qu’il occupe depuis quatorze années consécutives, avec des avoirs estimés à plus de 30 milliards de dollars qui en font également l’homme noir le plus riche de la planète. Mais l’irruption de son compatriote et concurrent dans le top cinq modifie substantiellement la composition de ce cercle très exclusif. Le Sud-Africain Johann Rupert, à la tête de l’empire du luxe Richemont propriétaire des marques Cartier et Montblanc, occupe la deuxième place avec environ 14 milliards de dollars. Son compatriote Nicky Oppenheimer, héritier de la dynastie diamantaire, se maintient au troisième rang avec quelque 10,4 milliards de dollars, talonné désormais par Rabiu.
Cette nouvelle donne reflète la vigueur retrouvée de l’économie nigériane et la capacité de ses entrepreneurs à bâtir des empires industriels de dimension continentale. Le club très restreint des milliardaires africains ayant dépassé les 10 milliards de dollars n’avait accueilli que deux Nigérians auparavant : Dangote durablement et Adenuga brièvement en 2016 avant que sa fortune ne redescende sous ce niveau. L’ascension de Rabiu porte donc à deux le nombre de Nigérians actuellement au-dessus de cette barre symbolique, même si des passifs estimés à près de 3 milliards de dollars par Bloomberg continuent de peser sur le calcul de sa valeur nette. Les analystes anticipent une poursuite de cette dynamique favorable, portée par la solidité des fondamentaux de ses entreprises et les perspectives de croissance du marché intérieur nigérian, le plus peuplé du continent africain.


