Togo : L'ANC exige la déclassification des archives françaises sur l'assassinat de Sylvanus Olympio

Le 13 janvier 2026, à l’occasion du 63ᵉ anniversaire de la disparition du premier président du Togo indépendant, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) a officiellement sollicité l’ouverture des dossiers secrets conservés par Paris. Jean-Pierre Fabre, figure de proue de l’opposition, exhorte les autorités françaises à lever l’embargo sur les documents relatifs au coup d’État de 1963. Cette démarche vise à apporter une lumière définitive sur une tragédie qui sédimente encore les clivages politiques nationaux. L’enjeu réside dans la volonté de solder un passé colonial et post-colonial complexe pour permettre, selon les partisans de cette requête, une alternance démocratique apaisée au Togo.

La quête de vérité historique comme moteur de la souveraineté togolaise

Le débat sur la transparence des archives ne relève pas seulement d’un intérêt académique, mais s’insère au cœur d’une lutte pour la dignité nationale et la réconciliation. Pour l’ANC, le maintien du secret défense par la France après plus de six décennies est perçu comme une anomalie démocratique entravant le deuil collectif des citoyens togolais. Le parti souligne que la compréhension totale des mécanismes ayant conduit à la chute d’Olympio est un préalable indispensable à la reconstruction d’un État de droit. En réclamant ces pièces manquantes du puzzle historique, l’opposition cherche à identifier les éventuelles complicités étrangères et à établir les responsabilités précises des acteurs locaux et internationaux impliqués dans ce basculement brutal.

Cette exigence de transparence intervient dans un climat où la mémoire de Sylvanus Olympio reste un symbole puissant de résistance et de visionnaire économique. Les partisans de la déclassification estiment que le peuple a le droit d’accéder à la version intégrale des faits, sans le filtre des censures étatiques héritées de la période de la Françafrique. La démarche de Jean-Pierre Fabre s’appuie sur l’idée que le Togo ne pourra progresser vers un avenir politique serein sans avoir d’abord exorcisé les démons de son acte de naissance sanglant. Il s’agit d’une pression diplomatique directe exercée sur l’Élysée pour que la France s’accorde avec ses promesses de renouveau dans ses relations avec le continent africain.

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Les zones d’ombre du coup d’État de 1963 et la rupture du destin togolais

Au petit matin du 13 janvier 1963, le destin du Togo bascule tragiquement lorsque Sylvanus Olympio est traqué par un groupe d’anciens militaires de l’armée française, récemment démobilisés après les guerres coloniales. Tentant désespérément d’échapper à ses assaillants, le chef d’État cherche refuge au sein de l’ambassade des États-Unis à Lomé, située non loin de sa résidence. C’est sur le seuil de cette représentation diplomatique, ou à sa proximité immédiate selon les versions, qu’il est abattu de plusieurs balles. Ce régicide, le premier du genre dans l’Afrique subsaharienne post-indépendance, a immédiatement soulevé des questions sur les motivations géopolitiques sous-jacentes. Olympio, économiste formé à Londres, manifestait une volonté farouche de sortir du franc CFA pour doter son pays d’une monnaie souveraine, un projet qui heurtait frontalement les intérêts stratégiques de l’ancienne puissance coloniale dans la région.

L’ombre de cette disparition plane sur la gouvernance togolaise depuis des générations, créant un sentiment d’injustice que l’ANC souhaite désormais transformer en levier politique. La question monétaire, centrale à l’époque, trouve aujourd’hui un écho particulier avec les débats contemporains sur la souveraineté financière en Afrique de l’Ouest. En reliant la mort d’Olympio à ses ambitions économiques, les acteurs politiques actuels rappellent que les archives pourraient contenir des preuves d’un sabotage délibéré du projet de développement togolais. La levée du secret permettrait de confirmer ou d’infirmer si la France a perçu, en 1963, l’indépendance économique prônée par Lomé comme une menace directe pour sa zone d’influence monétaire.

Les implications géopolitiques mondiales et l’héritage politique actuel au Togo

Au-delà de l’aspect diplomatique, cette demande de déclassification vise à clarifier les rôles individuels au sein du commando dirigé, entre autres, par ceux qui allaient ensuite s’emparer du pouvoir durablement. Si certains acteurs de l’époque ont publiquement revendiqué leur participation à l’assassinat, leurs témoignages ont souvent varié au fil des décennies, semant la confusion entre bravade militaire et manipulation politique. L’accès aux rapports de renseignement français de l’époque, ainsi qu’aux correspondances diplomatiques confidentielles, offrirait une base documentaire irréfutable pour clore les polémiques. Pour l’opposition togolaise, cette quête de vérité est le socle sur lequel doit reposer toute future transition institutionnelle, afin d’éviter que le passé ne continue de haunter le présent.

En conclusion, la demande de l’Alliance Nationale pour le Changement place la France face à ses responsabilités mémorielles. Alors que des gestes symboliques ont été faits par le passé, notamment l’ouverture partielle de certains documents à la famille du défunt président, l’exigence d’une transparence totale devient un impératif pour la classe politique togolaise. La résolution de cette énigme historique ne concerne pas uniquement les historiens ; elle est devenue une condition sine qua non pour la maturation du débat démocratique au Togo. Seule une vérité partagée et documentée pourra permettre de clore ce chapitre douloureux et de poser les bases d’une nation véritablement réconciliée avec sa propre trajectoire.

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