Une étudiante de 19 ans inscrite à Babson College dans le Massachusetts a été renvoyée vers le Honduras en novembre 2025, deux jours seulement après son arrestation à l’aéroport de Boston. Any Lucia Lopez Belloza tentait de rejoindre sa famille au Texas pour les fêtes de Thanksgiving lorsque les agents fédéraux l’ont interceptée. L’administration Trump a reconnu devant un tribunal fédéral que cette expulsion constituait une violation d’une ordonnance judiciaire d’urgence. Cette affaire soulève des questions majeures sur les procédures de l’Immigration and Customs Enforcement et le respect des décisions de justice dans le cadre des politiques migratoires américaines.
Le procureur adjoint Mark Sauter s’est exprimé lors d’une audience tenue mardi dernier devant le tribunal fédéral de Boston pour admettre publiquement la faute commise par les services d’immigration. L’agent responsable du dossier n’avait pas transmis aux équipes chargées du transfert l’information selon laquelle une ordonnance judiciaire interdisait temporairement tout éloignement du territoire américain. Cette jeune femme, arrivée aux États-Unis depuis le Honduras en 2014 alors qu’elle n’avait que huit ans, poursuit désormais ses études à distance depuis le domicile de ses grands-parents en Amérique centrale. Le juge fédéral Richard Stearns a qualifié cette situation d’erreur bureaucratique aux conséquences tragiques pour une personne qu’il considère comme une victime innocente des dysfonctionnements administratifs.
Ordonnance judiciaire ignorée par l’ICE lors de l’expulsion vers le Honduras
Les circonstances entourant cette expulsion révèlent une série de manquements procéduraux particulièrement graves au sein des services fédéraux d’immigration. Le 20 novembre 2025, Any Lucia Lopez Belloza se trouvait à l’aéroport international Logan de Boston, prête à embarquer pour surprendre ses parents installés au Texas à l’occasion de Thanksgiving. Elle avait franchi les contrôles de sécurité et attendait à la porte d’embarquement lorsque des agents l’ont appréhendée. Son avocat Todd Pomerleau a immédiatement saisi la justice pour obtenir une mesure de protection, et un juge a ordonné le 21 novembre que la jeune femme reste sur le sol américain pendant au moins soixante-douze heures. Malgré cette injonction claire, l’étudiante a été transférée vers le Texas puis expulsée vers le Honduras dès le lendemain. L’agent de l’ICE impliqué a expliqué dans une déclaration sous serment avoir cru, à tort, que l’ordonnance ne s’appliquait plus dès lors que la détenue avait quitté le Massachusetts. Il n’a jamais activé le système informatique censé alerter ses collègues qu’un dossier faisait l’objet d’un examen judiciaire.
La position adoptée par le gouvernement américain apparaît pour le moins ambivalente dans ce dossier. Tout en présentant des excuses officielles et en reconnaissant la violation de l’ordonnance judiciaire, les représentants de l’administration maintiennent que l’expulsion demeure légalement fondée. Ils invoquent une décision rendue en 2016 par un juge de l’immigration ordonnant le renvoi de la jeune femme et de sa mère, confirmée en appel l’année suivante. Les procureurs soutiennent qu’elle aurait pu contester cette décision ou solliciter un sursis à exécution au cours des années précédentes. L’intéressée affirme pourtant n’avoir jamais eu connaissance de cette mesure d’éloignement, assurant que son précédent avocat lui avait garanti l’absence de toute procédure à son encontre. Elle explique qu’elle n’aurait jamais tenté de voyager avec son passeport si elle avait su qu’une telle décision existait, et qu’elle aurait consacré ces huit dernières années à régulariser sa situation administrative.
Controverses et incidents mortels autour des méthodes de l’ICE aux États-Unis
L’année 2025 restera marquée comme la plus meurtrière pour les personnes placées en rétention par les services d’immigration américains depuis plus de deux décennies, avec trente-deux décès enregistrés dans les centres de détention fédéraux. Des organisations de défense des droits humains ont documenté de nombreuses allégations d’agressions physiques et d’abus au sein de ces établissements, notamment à Fort Bliss, la plus grande structure du pays accueillant environ trois mille détenus. Entre juillet 2025 et janvier 2026, des agents fédéraux auraient ouvert le feu ou brandi leurs armes lors de trente et un incidents distincts à travers le pays, causant quatre décès et sept blessures selon les données compilées par plusieurs médias. La mort de Renee Nicole Good, citoyenne américaine de trente-sept ans abattue le 7 janvier 2026 à Minneapolis par un agent de l’ICE, a cristallisé les tensions autour des méthodes employées par l’agence. Le maire de la ville a vivement contesté la version officielle des événements après avoir visionné les images de la scène, tandis que des citoyens américains ont témoigné avoir été arrêtés par erreur lors d’opérations de contrôle sans que les agents ne vérifient leurs documents d’identité.
Babson College et le sort incertain d’une étudiante boursière expulsée
Le magistrat chargé du dossier a exprimé ses doutes quant à la possibilité de sanctionner l’administration pour outrage au tribunal, estimant que la violation ne semblait pas intentionnelle. Il a néanmoins évoqué plusieurs pistes susceptibles de faciliter le retour de l’étudiante aux États-Unis, notamment l’obtention d’un visa étudiant compte tenu de sa bourse complète à Babson College. L’établissement situé dans le Massachusetts dispense un enseignement reconnu dans le domaine du commerce et de l’entrepreneuriat, et la rentrée universitaire du second semestre approche rapidement. Pour l’heure, la jeune femme suit ses cours en ligne depuis l’Amérique centrale, sans aucune garantie de pouvoir regagner le campus où elle avait entamé sa première année d’études supérieures.
Cette affaire montre les conséquences humaines des dysfonctionnements administratifs au sein d’un appareil migratoire soumis à une pression croissante. Le représentant démocrate Greg Casar a annoncé mener un groupe de parlementaires réclamant le retour immédiat de l’étudiante, soulignant qu’elle a grandi pratiquement toute sa vie à Austin au Texas. Son avocat estime que les excuses gouvernementales, bien qu’appréciables, ne constituent qu’une première étape insuffisante. Il rappelle que si les autorités ont pu mettre sa cliente dans un avion pour l’expulser, elles disposent des mêmes moyens pour organiser son retour. Le dossier rejoint une liste croissante de cas où des personnes ont été éloignées du territoire américain malgré des ordonnances judiciaires interdisant leur transfert, alimentant un débat national sur l’équilibre entre application stricte des lois migratoires et respect des garanties constitutionnelles.



