367 millions refusés : pourquoi le Zimbabwe a dit non à Trump et ce que cela va coûter

1,2 million de Zimbabwéens sous traitement antirétroviral vont perdre leur principal bailleur. Harare a claqué la porte d’un accord sanitaire américain de 367 millions de dollars, refusant de livrer ses données biologiques sans garantie de retour médical.

Mercredi 25 février, l’ambassade américaine à Harare a annoncé le démantèlement progressif de l’ensemble de son aide sanitaire au Zimbabwe. Le protocole d’accord négocié entre les deux pays prévoyait 367 millions de dollars sur cinq ans — financement du VIH/SIDA, tuberculose, paludisme, santé maternelle, préparation aux épidémies. Washington le présentait comme le plus grand investissement sanitaire jamais proposé à Harare par un partenaire international. Le Zimbabwe a dit non.

Washington demandait des données, Harare a refusé de signer un chèque en blanc

Le porte-parole du gouvernement Nick Mangwana a posé le problème en termes clairs : l’accord exigeait que le Zimbabwe partage ses ressources biologiques et ses données épidémiologiques sur le long terme, sans contrepartie garantissant un accès aux vaccins ou traitements développés à partir de ces informations. Les États-Unis, de leur côté, ne proposaient aucun partage réciproque de leurs propres données de santé publique.

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« Lorsque l’aide financière est conditionnée à des concessions touchant à la sécurité nationale, à la souveraineté des données ou à l’accès à des ressources stratégiques, cela transforme fondamentalement la relation : d’un partenariat, on glisse vers un échange inégal », a déclaré Mangwana.

Stratégiques, les ressources en question le sont. Le Zimbabwe produit de l’or, du platine et du lithium. Le même jour où Harare rompait les négociations sanitaires, le gouvernement annonçait la suspension immédiate des exportations de tous minéraux bruts et concentrés de lithium — coïncidence de calendrier peu probable.

Un retrait américain qui s’étend à plusieurs programmes globaux

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Washington a entamé un désengagement méthodique des programmes d’aide internationale : retrait de l’OMS, suspension de financements USAID dans plusieurs pays africains, renégociation musclée des accords de santé bilatéraux sous la bannière America First Global Health Strategy. Dix-sept pays africains ont finalement signé des variantes de ce type d’accord. Le Nigeria, le Rwanda, l’Ouganda ont accepté les nouvelles conditions. Au Kenya, un tribunal de Nairobi a suspendu en décembre un accord similaire de 1,6 milliard de dollars, saisi par une association de consommateurs sur la question de la protection des données. Au Zimbabwe, c’est l’exécutif qui a tranché.

L’ambassadrice américaine Pamela Tremont a qualifié la décision de « regrettable« , rappelant que les programmes américains couvraient 1,2 million de patients zimbabwéens sous traitement contre le VIH. Harare a répondu être prêt à financer lui-même la continuité de cette réponse — une affirmation que les prochains mois devront vérifier dans un pays où les patients apportent souvent leurs propres pansements aux cliniques. Le démantèlement de l’aide américaine débute immédiatement, sans calendrier précis de retrait communiqué par l’ambassade.

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