L’ancien président des États-Unis Bill Clinton a été entendu sous serment par la commission de contrôle de la Chambre des représentants à Washington ce jeudi, dans le cadre des investigations parlementaires liées au financier américain Jeffrey Epstein. Lors de cette déposition, l’ancien chef de l’État a assuré n’avoir eu aucune connaissance d’activités criminelles et a déclaré « rien fait de mal », selon Reuters.
Le témoignage intervient dans une série d’auditions menées par la House Oversight Committee afin d’examiner les relations entretenues par Epstein avec des responsables politiques et des personnalités publiques avant sa mort en détention en 2019. D’après Reuters et Time Magazine, Clinton a reconnu avoir rencontré Epstein à plusieurs reprises et avoir voyagé avec lui dans les années 2000, tout en affirmant avoir mis fin à leurs contacts avant que les faits d’exploitation sexuelle de mineures ne deviennent publics.
Une audition centrée sur ce qu’il savait réellement
La commission parlementaire n’a pas annoncé d’accusation pénale visant l’ancien président. Les élus cherchent à déterminer si des figures publiques ont été informées des agissements du financier et si ces informations ont été ignorées ou dissimulées.
Jeffrey Epstein avait été poursuivi au niveau fédéral pour trafic sexuel de mineures en 2019. Il avait déjà plaidé coupable en 2008 devant un tribunal de Floride pour sollicitation de prostitution impliquant une mineure, une condamnation qui lui avait valu une peine aménagée critiquée par le ministère de la Justice américain.
Dans le cas de Clinton, aucun document judiciaire ne l’accuse d’avoir participé à ces infractions. Le fait d’avoir fréquenté Epstein ou d’avoir voyagé à bord de ses avions n’est pas constitutif d’une infraction pénale en droit américain. Pour engager des poursuites liées au trafic sexuel, les procureurs devraient démontrer une participation directe ou une connaissance consciente des crimes. Le cœur de l’audition porte sur la véracité de ses déclarations.
Le précédent Lewinsky et la question du parjure
L’attention portée à ce témoignage tient aussi au passé judiciaire de l’ancien président. En 1998, lors de la procédure civile engagée par Paula Jones, Clinton avait nié sous serment toute relation avec la stagiaire de la Maison Blanche Monica Lewinsky. L’enquête du procureur indépendant Kenneth Starr avait ensuite établi l’existence d’une relation intime, conduisant la Chambre des représentants à voter sa mise en accusation pour parjure et obstruction à la justice.
Le Sénat avait acquitté le président en 1999, lui permettant de terminer son mandat. Toutefois, en janvier 2001, un accord avec le procureur indépendant a conduit Clinton à reconnaître avoir fourni un témoignage trompeur. Il a payé une amende civile de 25 000 dollars et sa licence d’avocat en Arkansas a été suspendue.
Cette histoire judiciaire explique pourquoi le risque évoqué aujourd’hui par les juristes n’est pas lié directement aux crimes d’Epstein. La déposition actuelle est effectuée sous serment devant le Congrès. Or le droit fédéral américain sanctionne les fausses déclarations à une autorité officielle, notamment au titre du parjure (18 U.S.C. § 1621) ou de la fausse déclaration au Congrès (18 U.S.C. § 1001).
Ce que Clinton pourrait réellement encourir
À ce stade, aucune autorité judiciaire n’a ouvert de poursuite pénale contre Clinton. Reuters précise que les enquêteurs parlementaires ne l’accusent d’aucune infraction.
Le risque juridique n’existerait que dans une hypothèse précise : l’apparition ultérieure de preuves démontrant qu’il avait connaissance des abus sexuels commis par Jeffrey Epstein alors qu’il a juré l’inverse. Des documents matériels — carnets de vol, correspondances, témoignages de victimes ou archives — pourraient, le cas échéant, être comparés à ses déclarations.
Dans ce cas seulement, la question deviendrait pénale et porterait sur la véracité du témoignage, et non sur les crimes d’exploitation sexuelle eux-mêmes. La commission parlementaire américaine poursuit ses auditions et devrait encore convoquer d’autres anciens collaborateurs d’Epstein dans les prochains mois, selon le calendrier publié par la Chambre des représentants.

