Africains enrôlés en Russie : le cerveau des opérations arrêté au Kenya

Il fuyait vers l’Éthiopie quand les inspecteurs de Moyale l’ont intercepté. Festus Arasa Omwamba, 33 ans, fondateur de l’agence Global Face Human Resources, répond désormais devant un tribunal antiterroriste de Nairobi de l’envoi de plus de 1 000 Kényans vers les tranchées ukrainiennes.

C’est par une agence fantôme que tout passait. Global Face Human Resources — enseigne enregistrée, logo, site — servait de façade pour acheminer des Kényans vers les lignes de front ukrainiennes. Promesse à la clé : jusqu’à 1,2 million de shillings kényans de prime. Visa touristique traité en quinze jours. Billet d’avion via Istanbul ou Dubaï. À l’arrivée en Russie, les passeports disparaissaient.

Omwamba gérait lui-même les dossiers. Selon le rapport du National Intelligence Service (NIS) présenté au Parlement kényan le 18 février, plus de 1 000 ressortissants auraient transité par ce canal. Parmi eux, d’anciens policiers et militaires, appâtés par des contrats présentés comme des missions de sécurité privée.

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Une mécanique de recrutement rodée jusqu’au cynisme

L’agence Global Face Human Resources servait de vitrine. Des offres d’emploi civils — vendeur, agent de sécurité, technicien — circulaient sur des groupes WhatsApp, relayées par des Kényans déjà sur place pour accréditer la promesse. Les salaires annoncés : entre 920 et 2 400 euros mensuels, des sommes hors de portée dans le marché local.

À l’arrivée en Russie, le décor changeait. Logés dans des conditions insalubres, les recrues se voyaient présenter un contrat rédigé en cyrillique. Visas touristiques en poche, beaucoup avaient transité par Istanbul ou Abou Dhabi. Les routes auraient depuis bifurqué vers l’Ouganda, la RDC et l’Afrique du Sud pour contourner les contrôles renforcés à Nairobi.

Le gouvernement kényan réclame des comptes à Moscou

Sur les Kényans formellement identifiés comme combattants — 95 selon un document interne du ministère des Affaires étrangères — 27 sont rentrés au pays. Huit résultent morts ou disparus. Nairobi a qualifié la situation d’inacceptable. Le chef de la diplomatie Musalia Mudavadi a annoncé une visite à Moscou pour obtenir libération et rapatriement. L’ambassade russe, elle, a rejeté tout recrutement illégal, parlant de « campagne de propagande« . Omwamba comparaîtra à nouveau dans les prochaines semaines. Des mandats viseraient d’autres membres présumés du réseau, dont des intermédiaires opérant depuis le territoire russe.

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