Mardi,Zouj Bghal s’est entrouverte. Le temps d’un transfert discret, 22 ressortissants marocains détenus en Algérie ont franchi la frontière dans le sens du retour, sans qu’aucune des deux capitales ne communique officiellement sur l’opération.
Le passage s’est effectué via le poste Colonel Lotfi–Zouj Bghal, unique point de contact terrestre encore opérationnel entre les deux pays rapporte Lesiteinfo. Parmi les 22 personnes remises aux autorités marocaines figuraient deux femmes. Leurs villes d’origine s’étendent d’Oujda à Tanger, de Fès à Nador — un profil géographique qui reflète l’ampleur nationale du phénomène.
L’Association marocaine d’aide aux migrants en situation difficile (AMSV) a confirmé l’opération. Elle suit actuellement plus de 500 dossiers ouverts, dont une centaine impliquent des personnes en attente de procédures d’expulsion. Chaque semaine apporte de nouveaux cas. Certains ressortissants marocains condamnés en première instance en Algérie écopent de peines dépassant dix ans de prison.
Une frontière fermée depuis 1994
Fermée depuis août 1994 après un attentat à Marrakech attribué par Alger à des agents marocains — ce que Rabat a toujours nié —, la frontière terrestre algéro-marocaine n’a jamais rouvert malgré plusieurs tentatives de rapprochement diplomatique. Trente ans de fermeture, des milliers de familles séparées, et un commerce transfrontalier réduit à la contrebande.
Les deux pays n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis septembre 2021, date à laquelle Alger a rompu unilatéralement les liens avec Rabat, invoquant des « actes hostiles » non précisés. Depuis, Zouj Bghal ne s’ouvre qu’à intervalles irréguliers, pour des opérations de ce type. L’année dernière le roi du Maroc, Mohamed VI , a une nouvelle fois tendu la main à l’Algérie.
«Notre attachement inébranlable à la politique de la main tendue en direction de Nos Frères en Algérie procède de l’intime conviction que Nous portons en Nous, quant à l’unité de nos peuples et à notre capacité commune à dépasser cette situation regrettable. », avait affirmé le roi du Maroc dans un discours en Juillet 2025 pour la f6ete du trône.
Un dossier loin d’être soldé
Ce transfert constitue le deuxième du genre depuis le début de l’année. Le 16 décembre 2025, seize personnes avaient déjà emprunté ce même couloir dans les mêmes conditions.
La cadence reste insuffisante au regard du volume des dossiers en attente. L’AMSV reçoit de nouveaux signalements presque quotidiennement. Le sort des détenus condamnés à de lourdes peines, lui, relève d’un autre calendrier — celui des tribunaux algériens, sur lequel Rabat ne dispose d’aucun levier direct.


