Après la RDC et l'Ukraine, Trump s'attaque aux tensions entre l'Algérie et le Maroc à Madrid

L’homme qui se présente comme un « faiseur de paix » ouvre un nouveau front diplomatique. Après avoir réuni les présidents rwandais et congolais à Washington en décembre 2025 pour tenter de mettre fin à trois décennies de violence dans l’est de la RDC, après le sommet d’Anchorage avec Vladimir Poutine sur la guerre en Ukraine et l’accord de cessez-le-feu à Gaza, Donald Trump tourne désormais son attention vers un conflit vieux d’un demi-siècle : celui du Sahara occidental, qui empoisonne les relations entre l’Algérie et le Maroc. Ce dimanche 8 février, les deux rivaux du Maghreb se retrouvent autour d’une même table à Madrid, sous l’impulsion directe de Washington. Une première depuis la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat en août 2021.

Trump mobilise ses émissaires à Madrid pour le dossier du Sahara occidental

C’est dans les locaux de l’ambassade des États-Unis en Espagne que se tient cette session de pourparlers, loin des caméras et des communiqués officiels. Selon les informations révélées par le quotidien espagnol El Confidencial, quatre délégations sont réunies : le Maroc représenté par son chef de la diplomatie Nasser Bourita, l’Algérie par Ahmed Attaf, la Mauritanie par Mohamed Salem Ould Merzoug et le Front Polisario par Mohamed Yeslem Beissat. Massad Boulos, conseiller spécial du président américain pour l’Afrique et le Moyen-Orient, et Michael Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, pilotent les discussions. L’envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura, est également présent, bien que Washington ait clairement pris l’ascendant sur le processus onusien.

Cette rencontre prolonge une première réunion confidentielle tenue deux semaines plus tôt à Washington, passée quasiment inaperçue dans les médias. La cadence imposée par l’administration Trump témoigne d’une volonté de forcer le rythme, à l’image de ce qu’elle a tenté sur d’autres théâtres : un « deal » annoncé en soixante jours entre Alger et Rabat par Steve Witkoff, autre émissaire de la Maison-Blanche, dès octobre 2025. Le choix de Madrid relève d’une décision unilatérale américaine, motivée par des considérations pratiques. Le ministère espagnol des Affaires étrangères n’a pas été associé à l’organisation, même si son chef José Manuel Albares profite de l’occasion pour recevoir ses homologues algérien et mauritanien en marge des discussions.

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Le plan d’autonomie marocain et les lignes rouges algériennes au cœur des négociations

Sur le fond, le Maroc arrive à la table avec une carte nouvelle : une version enrichie de son plan d’autonomie pour le Sahara occidental, passée de trois pages en 2007 à une quarantaine aujourd’hui. Ce document, élaboré par plusieurs conseillers royaux, propose des institutions régionales élues et des compétences élargies sous souveraineté marocaine. Washington pousse les parties à négocier sur la base de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, qui considère cette proposition comme pouvant « parvenir à une solution politique finale, juste, durable et mutuellement acceptable ».

L’Algérie maintient une position constante : le conflit relève du droit international et des résolutions des Nations unies relatives à la décolonisation. Pour Alger, toute solution excluant le droit du peuple sahraoui à choisir librement son avenir ne saurait constituer une base acceptable. Le Polisario, de son côté, exige un processus encadré par l’ONU avec des garanties internationales sur la tenue d’une consultation libre. Un fossé considérable sépare donc les parties, malgré la pression américaine.

Les ambitions de Washington dépassent le seul dossier sahraoui. Massad Boulos a lui-même estimé qu’une résolution définitive du conflit « simplifierait considérablement » le rapprochement entre Alger et Rabat. Derrière cette formule, une stratégie américaine qui vise à ancrer le Maghreb dans une architecture de sécurité atlantique, freiner l’influence russe au Sahel et contenir la pénétration chinoise sur le continent africain. Mais là où les accords de Washington sur la RDC se sont heurtés à la reprise des combats entre l’armée congolaise et le M23, et où le sommet d’Anchorage n’a produit ni cessez-le-feu ni calendrier concret en Ukraine, la question demeure : cette rencontre madrilène débouchera-t-elle sur des avancées tangibles, ou viendra-t-elle s’ajouter à la longue liste des médiations spectaculaires de l’ère Trump dont les résultats peinent à se matérialiser sur le terrain ?

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