Poursuivie après la diffusion d’une vidéo critique à l’endroit du président Patrice Talon, la tiktokeuse béninoise Florence Kingbo a comparu, mardi 3 février 2026, devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). L’ouverture de son procès intervient près de deux mois après une polémique née sur les réseaux sociaux, à la suite de propos tenus sur un ton jugé défiant à l’égard du chef de l’État.
Interpellée en décembre 2025, Florence Kingbo avait été présentée au procureur spécial avant d’être placée sous mandat de dépôt. Son passage à la barre, lors de cette première audience, s’est déroulé dans un climat tendu, marqué par des échanges vifs et des incidents de séance.
À l’issue de l’audience, son avocat, Me A. Baparapé, s’est exprimé au micro de Bip Radio. Il a livré un récit détaillé du déroulement des débats et de l’attitude de sa cliente face aux questions du tribunal. Selon lui, l’interrogatoire a rapidement provoqué une réaction émotionnelle forte de la prévenue. « On lui a demandé si elle a fait de la cybercriminalité, là elle est rentrée dans tous ses états. Donc elle s’est énervée et a demandé s’ils n’ont pas autre chose à lui demander, qu’elle n’a pas le temps », a-t-il expliqué, évoquant une posture qu’il qualifie de « très agressive », sans la considérer comme insolente.
Toujours selon la défense, Florence Kingbo aurait affirmé que ses propos visaient exclusivement la gouvernance du président de la République. « Elle dit non, que c’est des choses qu’elle reproche au président Talon, donc de revoir sa manière de gouverner (…) c’est pour ça qu’on l’a convoquée, qu’ils perdent leur temps », a rapporté Me Baparapé. L’avocat décrit une audience ponctuée de cris et d’agitation, au point que les forces de sécurité ont été sollicitées pour contenir la prévenue. « Donc on a dû demander aux gardes de la maîtriser, de la faire à soi et au besoin même de la menotter. Donc j’ai dû protester », a-t-il précisé.
Une fois le calme revenu, la défense a soulevé une exception majeure. Me Baparapé a soutenu que sa cliente ne pouvait faire l’objet de poursuites pénales en raison de son état de santé mentale. « Elle ne peut pas être pénalement poursuivie… elle souffre de troubles psychiatriques », a-t-il affirmé. L’avocat indique avoir versé au dossier un certificat médical établi avant l’audience, mentionnant des troubles psychiatriques. « La Cour a reconnu qu’il y a ce dossier-là », a-t-il ajouté, tout en plaidant une relaxe « pour cause d’irresponsabilité ».
Le ministère public a, pour sa part, sollicité le renvoi de l’affaire afin de préparer ses réquisitions. L’audience a été reportée au 24 mars 2026. Une décision qui a suscité une nouvelle réaction de la prévenue. « Là elle s’est enflammée, elle a dit non on ne peut pas même amener ça en 2030 », a relaté son conseil. Le dossier reste donc en attente d’examen au fond. La prochaine audience devrait permettre à la Cour de se prononcer sur les réquisitions du ministère public et sur la question centrale de la responsabilité pénale de Florence Kingbo.



