Bien-être : jouer aide à réduire le stress, chez les adultes comme chez les enfants

On le sait depuis l’enfance : jouer, c’est bien. Mais en grandissant, on range les jeux avec les autres souvenirs d’enfance, comme si le plaisir devenait une forme d’irresponsabilité. Pourtant, la science dit autre chose — et elle le dit clairement.

Une activité aux effets mesurables sur le stress

Souvent associé à l’enfance, le jeu tend à être relégué au second plan à mesure que les responsabilités professionnelles et familiales s’imposent. C’est une erreur, selon les chercheurs. Le psychiatre américain Stuart Brown, fondateur du National Institute for Play et auteur de Play: How it Shapes the Brain, Opens the Imagination, and Invigorates the Soul (2009), a consacré des décennies à étudier ce phénomène. Après avoir mené plus de 6 000 « histoires de jeu » auprès d’individus de tous horizons, il est formel : le jeu est une nécessité biologique, au même titre que le sommeil ou la nutrition. Selon ses recherches, les adultes privés de jeu présentent davantage de risques de dépression, d’épuisement émotionnel et d’une moindre capacité à gérer le stress rapporte National Institute for Play.

Les adultes ont autant besoin de jouer que les enfants

Ces conclusions rejoignent celles de Scott Duncan, professeur de santé publique à l’Université de technologie d’Auckland, et Mélodie Smith, professeure en sciences de la santé à l’Université d’Auckland (Waipapa Taumata Rau). Dans une analyse publiée sur The Conversation, les deux chercheurs soulignent que les adultes qui intègrent des activités ludiques dans leur quotidien présentent des niveaux de stress plus faibles, éprouvent davantage d’émotions positives et déclarent des niveaux de satisfaction de vie plus élevés.

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Ces effets s’expliquent en partie par le rôle du jeu comme espace de déconnexion. En sollicitant l’attention et en mobilisant des compétences spécifiques, il permet de s’extraire temporairement des préoccupations quotidiennes. Cette pause mentale favorise la récupération et participe à un meilleur équilibre émotionnel.

Selon leurs travaux menés auprès de familles néo-zélandaises, intégrer des activités ludiques dans le quotidien aide les adultes à se sentir moins stressés et plus connectés aux autres. Ce que les chercheurs observent, c’est que le jeu libre — spontané, non contraint — a un effet mesurable sur le bien-être, aussi bien individuel que familial.

Les données qu’ils citent parlent d’elles-mêmes : les adultes qui jouent régulièrement tendent à mieux gérer le stress, à éprouver davantage d’émotions positives, à faire preuve d’une plus grande résilience face aux difficultés et à déclarer des niveaux de satisfaction de vie plus élevés.

Ce n’est pas une question de jouets, mais d’état d’esprit

Duncan et Smith insistent sur un point souvent mal compris : le jeu adulte ne ressemble pas forcément au jeu enfantin. Il n’est pas question de retrouver ses Lego ou de rejouer à cache-cache. Ce qui compte, c’est l’état d’esprit : la curiosité, l’ouverture, l’envie de s’engager dans quelque chose sans objectif prédéfini.

Autrement dit, cuisiner pour le plaisir, bricoler, improviser en musique, résoudre une énigme ou même marcher sans destination précise peut relever du jeu, du moment que l’on aborde l’activité avec légèreté et liberté.

Cette dimension est importante car elle rend le jeu accessible à tous, indépendamment de l’âge, du mode de vie ou des contraintes du quotidien.

Un levier pour les relations, pas seulement pour soi

L’un des aspects les plus intéressants des recherches de Duncan et Smith concerne la dimension sociale du jeu. « Lorsque des adultes et des enfants jouent ensemble, même sans lien de parenté, les différences d’âge, de rôle et de statut s’estompent, laissant place à un plaisir et à une interaction partagés.« , ont écrit les auteurs de la publication de The Conversation.

Ces expériences intergénérationnelles, notent-ils, peuvent renforcer les liens, favoriser le bien-être et atténuer les stéréotypes liés à l’âge. Le jeu devient alors un langage commun, capable de traverser les frontières que la vie adulte construit parfois sans qu’on s’en rende compte.

Plus généralement, s’engager dans des activités ludiques au sein de contextes sociaux contribue à développer des ressources émotionnelles partagées — une façon collective de faire face aux difficultés.

La ville aussi a son rôle à jouer

Duncan et Smith soulèvent une question peu débattue : pourquoi nos espaces publics sont-ils conçus presque exclusivement pour le jeu des enfants ? Des marches surdimensionnées, des balançoires musicales, des sentiers sinueux — ces aménagements simples peuvent inciter les adultes au mouvement, à l’exploration, à l’interaction spontanée.

Concevoir des villes qui invitent les adultes à jouer au quotidien, écrivent-ils, pourrait constituer un investissement précieux pour l’inclusion, le lien social et le bien-être de la population.

Mais l’espace physique n’est qu’une partie du problème. Les normes sociales jouent un rôle tout aussi déterminant. Quand le jeu est perçu comme puéril ou embarrassant, il disparaît. Quand il est visible et naturel, d’autres s’y joignent.

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