Château de Betz : Mohammed VI tourne la page sur le dernier joyau immobilier de Hassan II en France

Cinquante-quatre ans après son acquisition, le domaine de Betz pourrait quitter la couronne chérifienne. Un château classé, un jardin d’exception, et le silence du Palais. Désoccupé depuis 2020, jamais officiellement mis sur le marché, le château de Betz figure désormais parmi les biens à céder. Selon Africa Intelligence le roi Mohammed VI aurait engagé le processus de vente de cette propriété nichée dans l’Oise, à environ 70 kilomètres au nord-est de Paris, dans une commune de moins de mille habitants où la présence royale marocaine a longtemps rythmé la vie locale — commerces approvisionnés, enfants de la commune invités en vacances, repas offerts aux riverains en guise d’apaisement face aux tensions ponctuelles sur l’alimentation en eau.

L’information, publiée le 24 février 2026, a été corroborée le même jour par un second média français. Aucun prix n’a filtré, aucune agence mandatée n’a été identifiée, et le Palais royal marocain n’a formulé aucun commentaire.

Un domaine hors du temps que Hassan II arracha à l’oubli

Construit au XIXe siècle pour la princesse monégasque Marie-Catherine de Brignole, le château de Betz tomba dans une relative discrétion avant que le défunt roi Hassan II n’en fasse l’acquisition en 1972. Le monarque avait succombé au jardin : classé depuis 1991 au patrimoine culturel français, considéré comme le troisième plus beau jardin anglais de France, avec ses hêtres centenaires, ses bouleaux et ses chênes sur un domaine d’environ trois hectares.

Publicité

Hassan II nourrissait pour la France une relation dense, faite de diplomatie serrée et d’attachements personnels profonds. Paris constituait un ancrage stratégique autant qu’une retraite, et ses séjours en France rythmaient les agendas diplomatiques autant que les chroniques mondaines. Betz représentait la part intime de ce lien — un refuge discret, loin des palais de Rabat. Son fils hérita du château à la mort du roi en 1999. Mohammed VI y séjourna régulièrement, jusqu’à rompre progressivement avec cette habitude, le domaine restant vide depuis 2020, le souverain lui préférant une résidence privée à Paris.

La réorganisation silencieuse d’un empire immobilier

Betz ne constitue pas un cas isolé. Depuis janvier 2026, plusieurs biens de la famille royale marocaine en France ont été signalés comme disponibles à la vente — deux hôtels particuliers ayant appartenu à Lalla Latifa, épouse décédée de Hassan II, dont des propriétés à Neuilly-sur-Seine. Les héritages fonciers de l’ère Hassan II cèdent progressivement la place à une gestion plus concentrée des actifs de la couronne. Le château de Gretz-Armainvilliers, autre bien hérité du père, avait déjà quitté les mains royales en 2008 pour 200 millions d’euros, revendu à un homme d’affaires bahreïnite avant d’être remis sur le marché à 425 millions d’euros en 2024.

Betz, domaine plus modeste dans sa surface bâtie mais classé pour son parc exceptionnel, relève de cette même logique de désengagement. Aucun calendrier de cession n’a été communiqué. La transaction, si elle se confirme, toucherait l’un des rares biens royaux marocains inscrits au patrimoine culturel français — ce qui pourrait conditionner les modalités de la vente et restreindre le profil des acquéreurs potentiels.

Laisser un commentaire