Depuis la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines le 3 janvier 2026, l’administration Trump a multiplié les mesures coercitives contre Cuba. L’île, privée de son principal fournisseur de pétrole vénézuélien, fait face à des coupures d’électricité dépassant dix heures par jour. Le 29 janvier, le président américain a signé un décret déclarant une « urgence nationale » autorisant des droits de douane contre tout pays livrant du pétrole à La Havane. Les conséquences sont immédiates : semaine de travail réduite à quatre jours, suspension des approvisionnements en kérosène pour les compagnies aériennes, fermeture de sites touristiques. L’ONU a mis en garde contre un possible effondrement humanitaire. C’est dans cette asphyxie énergétique que Moscou tente de se positionner en recours pour son allié caribéen.
Dmitri Peskov reconnaît les difficultés de Cuba face aux sanctions américaines
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a admis lors d’un point presse que les pressions exercées par Washington causent « beaucoup de difficultés » à Cuba. Il a assuré que la Russie maintenait des contacts avec ses « amis cubains » pour explorer des pistes de règlement ou, à défaut, « apporter une aide dans la mesure du possible ». Cette formulation, prudente et mesurée, révèle autant une volonté d’afficher la solidarité qu’une incapacité à garantir des solutions concrètes. Peskov ne promet ni livraisons massives de pétrole, ni plan de sauvetage économique. Il parle de « moyens éventuels », d’aide « dans la mesure du possible ». Le vocabulaire diplomatique, d’ordinaire si affirmatif côté russe, trahit ici les limites d’un soutien que Moscou peine à matérialiser.
Car la Russie elle-même se trouve engluée dans des contraintes considérables. Sa guerre en Ukraine, ses propres dépenses militaires colossales et les sanctions occidentales qui pèsent sur son économie réduisent sa marge de manœuvre à l’international. Envoyer des tankers de brut à travers l’Atlantique, sous la menace de représailles commerciales américaines visant tout pays fournissant du pétrole à l’île, relève d’un calcul risqué. Le décret de Trump transforme chaque livraison en potentiel acte de défiance susceptible de déclencher des tarifs douaniers punitifs. Moscou peut-elle se permettre une telle confrontation économique supplémentaire avec Washington ? Rien ne l’indique.
L’alliance Russie – Cuba à l’épreuve du blocus énergétique américain
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a certes qualifié d’inacceptables les pressions économiques et militaires exercées contre Cuba lors d’un échange téléphonique avec son homologue cubain début février. Le ministère russe des Affaires étrangères a réaffirmé la « ferme volonté » de Moscou de continuer à apporter un appui politique et matériel à La Havane. Mais entre les déclarations d’intention et les actes, un gouffre persiste. Avant la chute de Maduro, le Venezuela acheminait régulièrement du brut vers Cuba à des conditions préférentielles. Ce robinet désormais coupé, l’île se retrouve dans une dépendance quasi totale à l’égard de fournisseurs extérieurs que Washington s’emploie méthodiquement à dissuader.
Pour les onze millions de Cubains, la réalité quotidienne se résume à des files d’attente interminables, des familles qui cuisinent au charbon de bois et des hôpitaux fonctionnant au générateur. Le secrétaire général de l’ONU s’est dit « extrêmement préoccupé » par la situation humanitaire, alertant que l’île pourrait s’effondrer si ses besoins en pétrole demeurent insatisfaits. Des manifestations ont eu lieu jusqu’à Bruxelles pour dénoncer cette politique d’étranglement.
La Russie se trouve donc face à un dilemme. Soutenir ouvertement Cuba par des livraisons d’hydrocarbures, c’est provoquer Washington sur un terrain où les États-Unis ont démontré, avec l’opération au Venezuela, qu’ils n’hésitent plus à recourir à la force dans l’hémisphère occidental. Se contenter de déclarations de solidarité, c’est réduire l’alliance historique entre Moscou et La Havane à un exercice rhétorique sans effet tangible sur le quotidien des Cubains.
Les mots de Peskov, aussi bienveillants soient-ils, ne remplissent pas les réservoirs d’une centrale électrique. Et tant que la Russie ne traduira pas ses promesses en cargaisons de pétrole, la question demeurera entière : Moscou est-il encore un allié capable de peser, ou simplement un ami lointain réduit à exprimer sa compassion ?



