Le Bénin, terre de traditions et berceau du vodun, s’est engagé dans une course effrénée vers le rayonnement international. Entre la construction de musées monumentaux et la promotion de la « Destination Bénin », le pays veut offrir au monde la splendeur de son patrimoine immatériel. Pourtant, au milieu de cette fresque culturelle ambitieuse, l’organisation de certaines manifestations du culte Egungun interroge fortement. Alors que les revenants sont censés incarner la sagesse des ancêtres et la protection de la cité, les dérives récentes dans l’organisation de cérémonies egungun sonnent l’alarme. L’heure n’est plus aux simples remontrances, mais à une reprise en main vigoureuse par les dignitaires et les autorités républicaines.
Le sang à Tori, l’indiscipline à Godomey
L’incident survenu récemment à Akadjamè, dans la commune de Tori, est l’une des illustrations les plus tragiques de cette perte de contrôle. Ce qui devait être une célébration liturgique et festive s’est transformé en scène de crime. Une violente altercation entre des porteurs de masques et des membres de la population a conduit au décès d’un homme. Plus inquiétant encore, l’usage d’armes blanches a été rapporté au cours de l’incident. Comment en est-on arrivé là ? Le culte Egungun est, par essence, une manifestation de la vie après la mort, un pont sacré entre les générations. Voir ce lien rompu par la violence physique et l’homicide est une insulte non seulement aux ancêtres, mais à l’ensemble du corps social. Le Procureur de la République s’est saisi du dossier, et c’est une avancée nécessaire. Car sous le masque, il y a un citoyen soumis aux lois de la République. Le caractère sacré du culte ne saurait être un bouclier contre la responsabilité pénale. Face à ce climat délétère, les structures de régulation interne commencent à bouger. À Godomey, l’Association des Dignitaires des Cultes Egungun et Oro (ADCEO) a frappé fort le 3 février 2026. Le couvent de la famille Adjovi, situé à Lobozounkpa, a été suspendu d’activités jusqu’à nouvel ordre. Les motifs invoqués par l’association sont sans équivoque : manquements graves aux règles de bonne conduite et violation du Règlement intérieur. Le responsable du couvent, Adjovi Jamil, est directement pointé du doigt pour son incapacité à maintenir la discipline. Cette sanction disciplinaire est salutaire. Elle prouve que les dignitaires eux-mêmes sont conscients que le désordre de quelques-uns menace la réputation de tous. Cependant, une suspension est-elle suffisante pour guérir un mal qui semble s’être enraciné dans l’indiscipline et le mépris de l’ordre public ?
Entre ambition touristique et impératif de sécurité
Le Bénin s’emploie à construire l’image d’une destination moderne, ouverte et attractive. Toutefois, certains incidents relevés lors de manifestations du culte Egungun interrogent sur les conditions dans lesquelles ces événements se déroulent, notamment du point de vue de la sécurité. Pour un visiteur, qu’il soit issu de la diaspora ou étranger, l’éventualité de débordements peut constituer un facteur de réticence.
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