Une hormone explique pourquoi les femmes récupèrent plus lentement après un traumatisme douloureux. Des chercheurs américains viennent d’identifier le chaînon manquant entre système immunitaire et persistance de la douleur — une découverte qui pourrait transformer la prise en charge de millions de patientes.
Publiés vendredi dans la revue Science Immunology, les travaux de l’université d’État du Michigan désignent la testostérone comme facteur clé dans la résolution biologique de la douleur. Non pas parce qu’elle agirait directement sur les nerfs, mais parce qu’elle stimule des monocytes — globules blancs spécifiques — capables de fabriquer une molécule anti-inflammatoire, l’interleukine-10, qui fait taire les neurones nociceptifs. Ce mécanisme fonctionne chez les hommes, mais reste défaillant chez les femmes.
L’équipe du chercheur Geoffroy Laumet, professeur associé de physiologie à l’université d’État du Michigan, a d’abord travaillé sur des souris, observant comment ces monocytes migrent depuis le sang vers les tissus blessés pour y déposer leur charge analgésique. Les femelles produisent moins de testostérone — le processus s’enclenche, mais avec une puissance nettement réduite. Appliqué ensuite à des patients humains victimes d’accidents de la route, le même schéma s’est confirmé : à traumatisme égal, douleur initiale identique, la récupération s’accélérait chez les hommes, significativement.
La douleur comme vie parallèle
Derrière les chiffres, une réalité clinique que des millions de femmes connaissent sans pouvoir la nommer. La douleur chronique — définie comme persistant au-delà de trois mois — perturbe le sommeil, dégrade les fonctions cognitives, génère des états anxieux et dépressifs, et isole socialement. Les fibromyalgies, migraines chroniques, lombalgies persistantes et douleurs pelviennes touchent les femmes de manière disproportionnée, certaines passant des années à consulter avant d’obtenir un diagnostic.
Pendant des décennies, la médecine a interprété ces douleurs comme psychosomatiques, liées au tempérament ou à une supposée fragilité émotionnelle féminine. Les femmes constituent 60 à 70 % des patients souffrant de douleurs chroniques, selon les données rapportées par NBC News.
Un préjugé médical enfin démontable
« Ce que nous montrons, c’est un mécanisme biologique réel, ancré dans les cellules immunitaires. Ce n’est pas dans la tête », a déclaré Laumet à NBC News.
Les analyses sanguines ont confirmé des niveaux d’interleukine-10 systématiquement plus élevés chez les hommes après un traumatisme, avec une résolution de la douleur nettement plus rapide en conséquence. Lorsque les chercheurs ont bloqué les hormones sexuelles masculines chez les souris mâles, l’effet protecteur disparaissait. Lorsqu’ils ont administré de la testostérone aux femelles, leur récupération s’accélérait.
Les opioïdes, déjà moins efficaces chez les femmes selon plusieurs études antérieures, montrent l’ampleur du retard thérapeutique accumulé. À court terme, Laumet envisage le recours à des patchs de testostérone topique comme option localisée. À plus long terme, l’objectif consiste à stimuler directement les monocytes pour déclencher la production d’interleukine-10, indépendamment du profil hormonal du patient. Aucun traitement ciblant ce mécanisme n’existe à ce jour, mais l’identification de la molécule clé constitue la première condition à remplir avant tout développement pharmacologique.



