Le Ghana prépare un virage diplomatique majeur en poussant la communauté internationale à reconnaître la traite transatlantique des esclaves comme le « plus grave crime contre l’humanité ». Dimanche, lors du sommet annuel de l’Union africaine à Addis-Abeba, le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé son intention de déposer une résolution devant l’Assemblée générale des Nations unies en mars prochain. Cette démarche, entend forcer une reconnaissance officielle de l’injustice historique subie par des millions d’Africains. Bien qu’une résolution n’apportera pas de compensation automatique, elle marque une étape décisive vers l’obtention d’une vérité restée longtemps occultée sur la scène mondiale. Le chef de gouvernement ghanéen a insisté sur le fait que cette initiative transcende une simple demande financière.
La traite atlantique : près de quatre siècles d’exploitation systématique
Entre le seizième et le dix-neuvième siècle, le continent africain a connu une hémorragie humaine sans précédent. Des royaumes côtiers et des marchands européens, puis américains, ont organisé un système d’extraction massive de populations réduites à l’esclavage. Des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été arrachés à leurs terres, enchaînés dans des navires et transportés vers les plantations du Nouveau Monde. Ces traversées océaniques, connues sous le nom de « passage du milieu », ont décimé des générations. Ceux qui ont survécu au voyage ont enduré des conditions de travail inhumaines dans les colonies britanniques, françaises, portugaises, espagnoles et américaines. Au-delà du bilan démographique, la traite a désorganisé les structures sociales africaines, alimenté les guerres internes pour capturer des esclaves, et enrichi les métropoles européennes au détriment de continents entiers. Les cicatrices de cette période perdurent dans les inégalités économiques mondiales actuelles et dans les traumatismes transgénérationnels affectant les descendants de victimes.
Mahama porte la demande mondiale de reconnaissance
Le président ghanéen, parlant au nom des États africains et caribéens, a articulé une vision allant au-delà de simples réparations financières. Il a souligné que « la vérité sera enfin reconnue : la traite transatlantique des esclaves a été la plus grande injustice et le plus grand crime contre l’humanité ». Cette formulation politique vise à établir un précédent juridique et moral capable de remodeler la narration historique dominante. Il affirme qu’il ne demande pas l’effacement du passé, mais plutôt son intégration officielle dans les registres mondiaux comme l’événement le plus catastrophique de l’histoire documentée. La présidence ghanéenne coordonne avec des gouvernements caribéens et africains pour construire une majorité à l’Assemblée générale. Cette coalition représente les régions les plus affectées par la traite et leurs descendants.
Le président ghanéen, John Dramani Mahama, rappelle que la traite des Africains réduits en esclavage et les formes racialisées d’esclavage sont des crimes fondateurs qui ont façonné le monde moderne. Selon lui, leurs conséquences se font encore sentir aujourd’hui à travers les inégalités structurelles, les discriminations raciales et les disparités économiques. La reconnaissance officielle pourrait influencer les débats parlementaires dans les anciennes puissances esclavagistes et modifier les curriculums scolaires mondiaux. Bien que le chemin reste long avant toute action concrète, cette démarche ghanéenne signale que la question de l’esclavage ne reste plus cantonnée aux débats académiques ou mémoriaux, mais devient un enjeu central de justice internationale.
