Le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez effectuera les 16 et 17 février 2026 sa première visite officielle en Algérie depuis sa prise de fonction. Ce déplacement, confirmé jeudi soir par son entourage, intervient après un échange téléphonique avec son homologue algérien pour finaliser les préparatifs. La rencontre portera principalement sur la coopération sécuritaire et les questions migratoires, deux dossiers au cœur des crispations entre Paris et Alger. Cette initiative pourrait marquer un tournant décisif dans des relations bilatérales particulièrement dégradées depuis l’été 2024.
Une visite sans conditions préalables pour relancer le dialogue franco-algérien
Nommé place Beauvau le 12 octobre 2025 en remplacement de Bruno Retailleau, Laurent Nuñez avait initialement conditionné tout déplacement à Alger à des avancées concrètes sur deux points précis. Le premier concernait la reprise effective des reconduites à la frontière de ressortissants algériens faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Le second portait sur une évolution dans le dossier du journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison ferme par le tribunal de Tizi Ouzou pour apologie du terrorisme. Face au refus catégorique des autorités algériennes d’accepter ces exigences formulées par Paris, le locataire de la place Beauvau a finalement choisi de revoir sa position et de se rendre dans la capitale algérienne sans préalables.
Cette inflexion traduit une volonté manifeste de rompre avec l’impasse diplomatique qui caractérise depuis plusieurs mois les échanges entre les deux pays. En optant pour une approche plus pragmatique, le ministre français cherche visiblement à rétablir les canaux de communication sur des sujets d’intérêt commun, tout en surmontant les obstacles qui ont jusqu’ici empêché tout rapprochement significatif. Les discussions techniques dans le domaine sécuritaire auraient d’ailleurs repris discrètement ces dernières semaines, constituant un socle minimal de coopération en attendant des progrès politiques plus substantiels.
Coopération sécuritaire et lutte antiterroriste au menu des discussions
Le programme de cette visite de deux jours s’articule autour de plusieurs axes stratégiques pour les deux États. La lutte contre le terrorisme figure naturellement en bonne place, l’Algérie disposant d’une expertise reconnue en matière antiterroriste forgée au cours des décennies passées. Le démantèlement des réseaux de narcotrafic constitue également une préoccupation partagée, dans un contexte régional marqué par l’instabilité persistante au Sahel et les menaces sécuritaires qui en découlent. Ces enjeux transcendent les différends politiques et justifient le maintien d’une collaboration étroite entre services de renseignement et forces de sécurité des deux nations.
La question migratoire occupera sans surprise une place centrale dans les entretiens prévus entre les deux ministres de l’Intérieur. Selon les chiffres avancés par Laurent Nuñez lors de récentes interventions médiatiques, environ quarante pour cent des personnes retenues dans les centres de rétention administrative français seraient de nationalité algérienne. Paris souhaite renforcer la coopération avec Alger pour améliorer la gestion des flux migratoires, en particulier s’agissant des procédures d’éloignement actuellement suspendues. La délivrance des laissez-passer consulaires représente également un point de friction que les deux parties devront aborder.
Des mois de crises diplomatiques entre Paris et Alger
Les relations franco-algériennes ont connu une détérioration significative depuis juillet 2024, lorsque la France a officiellement reconnu le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Cette décision a profondément heurté Alger, qui soutient historiquement le Front Polisario et le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. En représailles, les autorités algériennes ont rappelé leur ambassadeur et suspendu toute coopération en matière de réadmission des migrants en situation irrégulière, créant un blocage persistant sur ce dossier sensible. L’affaire Boualem Sansal, écrivain franco-algérien arrêté puis condamné en Algérie avant d’être finalement libéré, a également alimenté les tensions pendant plusieurs semaines. La condamnation du journaliste Christophe Gleizes continue de peser sur la relation bilatérale, Paris exigeant des gestes d’apaisement qu’Alger refuse de concéder sous la pression. Plus récemment, l’incarcération en France d’un agent consulaire algérien, accusé d’implication dans l’enlèvement d’un influenceur, a ajouté une nouvelle source de friction entre les deux capitales. La diffusion sur France 2 d’un documentaire jugé hostile par le ministère algérien des Affaires étrangères a également provoqué la convocation du chargé d’affaires français à Alger.
Malgré ce climat délétère, le président Abdelmadjid Tebboune a récemment ouvert la porte à une reprise du dialogue en déclarant que Laurent Nuñez serait « le bienvenu » s’il souhaitait venir. Cette invitation, formulée lors d’un entretien télévisé, a manifestement été entendue par Paris. Le chef de l’État algérien a toutefois maintenu une position ferme concernant les OQTF, affirmant avoir refusé les expulsions organisées sous le mandat de Bruno Retailleau au nom de la protection des ressortissants algériens. La visite qui s’annonce permettra de mesurer la capacité des deux parties à dépasser ces divergences pour construire une relation fondée sur le respect mutuel et la réciprocité, conditions régulièrement réaffirmées par Alger comme préalables à toute normalisation durable.



