Lavrov à Traoré : « La coopération entre nos armées est un modèle pour les autres »

Le ministre russe des Affaires étrangères,Sergueï Lavrov, a reçu ce mercredi 12 février 2026 à Moscou son homologue burkinabè, Karamoko Jean-Marie Traoré, pour des entretiens marqués par la signature d’un accord sur les fondements des relations bilatérales. Le chef de la diplomatie russe a particulièrement souligné le partenariat militaire entre les deux pays, le qualifiant de référence pour d’autres nations. Cette visite de travail, prévue du 12 au 14 février, intervient dans un contexte de rapprochement accéléré entre Ouagadougou et Moscou, alors que la Russie poursuit un redéploiement diplomatique massif vers le continent africain. L’enjeu dépasse le cadre bilatéral : il s’insère dans une reconfiguration profonde des alliances sécuritaires au Sahel.

Russie – Burkina Faso : un partenariat militaire érigé en référence par Moscou

Dès l’ouverture des négociations au siège du ministère russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a donné le ton en plaçant la dimension sécuritaire au cœur des échanges avec son homologue burkinabè. Le chef de la diplomatie russe a insisté sur le fait que les interactions entre les forces armées des deux pays constituaient, selon ses propres termes, « un modèle pour les autres ». Cette déclaration, publiée sur le site officiel du ministère, souligne l’importance que Moscou accorde à son engagement aux côtés d’Ouagadougou dans la lutte contre les groupes armés qui sévissent dans la bande sahélienne. Lavrov a par ailleurs salué la coordination entre les deux capitales au sein des instances onusiennes, la jugeant exemplaire et remerciant le Burkina Faso pour son soutien aux initiatives russes sur la scène internationale, notamment ce qu’il a décrit comme une position équilibrée concernant le conflit en Ukraine.

Au-delà du volet sécuritaire, cette rencontre a abouti à la signature d’un accord portant sur les fondements mêmes des relations entre la Russie et le Burkina Faso. Ce document, dont la cérémonie de signature s’est tenue en présence des deux ministres, pose un cadre formel destiné à structurer durablement les liens bilatéraux. Moscou a également annoncé le lancement prévu en 2026 d’une commission intergouvernementale dédiée à la coopération commerciale et économique, dont la coprésidence côté russe a été confiée au ministre de l’Énergie, Sergueï Tsivilev. Lavrov a aussi évoqué la nécessité de renforcer la collaboration dans le domaine informationnel, estimant que les États conduisant des politiques souveraines faisaient face à ce qu’il qualifie de guerre médiatique menée par les puissances occidentales.

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Du rapprochement post-coup d’État à l’accord fondateur signé à Moscou

Les relations entre Ouagadougou et Moscou ont connu une accélération remarquable depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en 2022, à l’issue d’un second coup d’État au Burkina Faso. Dès les premiers mois de la transition, les autorités burkinabè ont amorcé une réorientation stratégique en dénonçant, en janvier 2023, l’accord encadrant la présence des forces armées françaises sur le territoire national et en exigeant leur retrait dans un délai d’un mois. Ce tournant a ouvert la voie à un rapprochement rapide avec la Russie. En septembre 2023, une délégation conduite par le vice-ministre russe de la Défense, Iounous-Bek Yevkourov, était reçue par le président Traoré, suivie quelques semaines plus tard par la signature d’une série d’accords couvrant la sécurité, l’énergie et le nucléaire. Le ministre burkinabè de la Défense, le colonel Kassoum Coulibaly, s’était ensuite rendu à Moscou en novembre 2023 pour consolider ce partenariat naissant. En juin 2024, Lavrov effectuait une visite à Ouagadougou au cours de laquelle il confirmait l’augmentation du nombre d’instructeurs militaires russes déployés sur le sol burkinabè.

Puis, en mai 2025, le capitaine Traoré était reçu au Kremlin par Vladimir Poutine, affirmant vouloir tirer des enseignements de l’expérience russe tout en privilégiant le transfert de connaissances plutôt qu’une aide militaire directe.

La visite de Karamoko Jean-Marie Traoré à Moscou cette semaine marque donc une étape supplémentaire dans cette trajectoire de rapprochement, en dotant les deux pays d’un socle juridique et institutionnel pour leurs relations. Elle s’insère par ailleurs dans une dynamique plus large portée par le Kremlin, qui a annoncé la veille devant la Douma le transfert de 120 à 150 diplomates depuis les postes européens vers de nouvelles missions en Afrique, avec l’ambition de disposer à terme de 49 ambassades sur le continent. Pour le Burkina Faso, membre de l’Alliance des États du Sahel aux côtés du Mali et du Niger, cet ancrage renforcé avec Moscou confirme une trajectoire diplomatique résolument tournée vers de nouveaux partenariats, loin des alliances traditionnelles héritées de la période postcoloniale.

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