Le 20 octobre 2011, Mouammar Kadhafi trouvait la mort dans des circonstances violentes aux abords de Syrte, sa ville natale. Après plus de quatre décennies à la tête de la Libye, celui qui se faisait appeler le « Guide de la Révolution » avait été capturé par des combattants rebelles alors qu’il tentait de fuir son dernier bastion. Extrait d’un tunnel de drainage où il s’était réfugié suite au bombardement de son convoi par l’OTAN, l’ancien dirigeant avait ensuite été tué par la foule. Son corps, exposé pendant plusieurs jours à Misrata, fut finalement inhumé dans un lieu tenu secret quelque part dans le désert libyen.
Plus de quatorze ans après cette fin tragique, l’histoire semble se répéter pour le clan Kadhafi. Ce mardi 3 février 2026, Seif al-Islam Kadhafi, deuxième fils de l’ancien dirigeant et longtemps pressenti comme son successeur, a été assassiné à son tour par des hommes armés.
Une attaque minutieusement préparée
Selon les informations rapportées par Sky News Arabia et confirmées par plusieurs sources proches de la famille, quatre individus armés ont fait irruption dans la résidence de Seif al-Islam située à Hammadah, au sud de la ville de Zintan, dans l’ouest de la Libye. Les assaillants auraient préalablement désactivé les caméras de surveillance avant d’ouvrir le feu sur leur cible dans le jardin de la propriété, puis de prendre la fuite.
Abdullah Othman Abdurrahim, conseiller politique de Seif al-Islam et représentant au Forum du dialogue politique libyen, a confirmé le décès sur les réseaux sociaux. « Quatre hommes armés ont pris d’assaut la résidence de Seif al-Islam Kadhafi après avoir neutralisé les caméras de surveillance, puis l’ont exécuté », a-t-il déclaré à la chaîne Libya al-Ahrar. De son côté, Hamid Kadhafi, cousin de la victime, a affirmé au même média que « le docteur Seif al-Islam est tombé en martyr », sans pouvoir fournir davantage de précisions sur les circonstances exactes.
Le parquet général libyen a immédiatement ouvert une enquête pour identifier les responsables de cet assassinat. La Brigade 444, une milice affiliée au ministère de la Défense du gouvernement d’unité nationale de Tripoli, a catégoriquement démenti toute implication dans l’attaque.
Un parcours marqué par les soubresauts de l’histoire libyenne
Né le 25 juin 1972 à Tripoli, Seif al-Islam avait longtemps été présenté comme le successeur potentiel de son père. Formé en Europe où il avait obtenu un diplôme d’architecte puis un MBA en Autriche, il s’était positionné comme un interlocuteur des Occidentaux et avait cultivé une image de réformateur.
Lors du soulèvement de 2011, il avait pris position en faveur d’une ligne dure face aux contestataires. La Cour pénale internationale avait émis un mandat d’arrêt à son encontre pour crimes contre l’humanité liés aux événements de cette période.
Capturé en novembre 2011 dans le sud du pays alors qu’il tentait de rejoindre le Niger, Seif al-Islam avait été détenu pendant plusieurs années à Zintan par les milices locales. Condamné à mort par contumace en 2015 par un tribunal de Tripoli, il avait finalement été libéré en 2017 dans le cadre d’une amnistie accordée par les autorités de l’est libyen.
Des ambitions présidentielles inachevées
Depuis sa libération, Seif al-Islam vivait dans la discrétion, se déplaçant sous protection dans la région de Zintan. En 2021, il avait annoncé sa candidature à l’élection présidentielle initialement prévue en décembre de cette année-là. Cette initiative avait attiré l’attention, ses partisans le présentant comme capable de réunifier un pays divisé.
Le scrutin, maintes fois reporté en raison des divisions politiques, n’a jamais pu se tenir. La candidature de Seif al-Islam demeurait un élément central des discussions sur l’avenir politique du pays.
« Sa mort est susceptible de le transformer en martyr aux yeux d’une partie de la population, tout en modifiant les équilibres électoraux », a estimé Emad Badi, analyste au sein du groupe de réflexion Crisis Group, sur le réseau social X.
La Libye toujours divisée
L’assassinat de Seif al-Islam survient alors que la Libye reste divisée, plus de quatorze ans après la chute de l’ancien pouvoir. Deux gouvernements se disputent la direction du pays : le gouvernement d’unité nationale installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l’ONU, et un exécutif basé à Benghazi, soutenu par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils qui ont étendu leur présence militaire au sud du pays.
Moussa Ibrahim, ancien porte-parole sous Mouammar Kadhafi, a dénoncé un acte « perfide » sur X, affirmant avoir échangé avec Seif al-Islam deux jours avant sa mort. « Il voulait une Libye unie et souveraine, sûre pour tous ses habitants. Ils ont assassiné l’espoir et l’avenir, et semé la haine et le ressentiment », a-t-il écrit.
La disparition du fils le plus connu de l’ancien dirigeant libyen ouvre une nouvelle période d’incertitudes pour ce pays riche en pétrole mais marqué par les conflits depuis 2011. L’identité des commanditaires de cet assassinat, ainsi que leurs motivations exactes, restent pour l’heure inconnues.