Mutilation génitales féminines : urgence d'agir au Bénin et dans le monde

Chaque 6 février, la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des Mutilations génitales féminines (Mgf) rappelle une contradiction majeure. Les textes interdisent, les engagements se multiplient, mais des millions de filles restent menacées. Au Bénin comme à l’échelle mondiale, la lutte progresse, mais trop lentement face à l’ampleur du phénomène.

Les Mgf sont illégales au Bénin depuis 2003. La loi relative à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles (article 3, alinéa 6) ainsi que l’article 524 de la loi n°2021-11 du 20 décembre 2021 constituent la base légale qui protège les filles. Pour l’Institut national de la femme (Inf), les Mgf ne sont « ni une tradition respectable, ni un rite de passage », mais une violence qui doit cesser. L’institution appelle à signaler tout cas au 114, numéro gratuit d’assistance.

Une étude de 2020 indique une prévalence de 52% dans le Nord du Bénin. Ce chiffre montre le décalage entre la norme juridique et les pratiques sociales encore ancrées dans certaines communautés. L’enjeu au Bénin dépasse donc la loi et touche aux mentalités, aux pressions sociales et aux croyances qui perpétuent la pratique.

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Un phénomène mondial massif, aux conséquences lourdes

La situation béninoise s’inscrit dans une réalité mondiale alarmante. Selon l’Unicef, 230 millions de filles et de femmes ont déjà subi des Mgf. Chaque jour, 12 000 filles sont exposées au risque, et une fille meurt toutes les 12 minutes des suites de ces pratiques, d’après les données d’Onu Femmes et de l’Oms. Les estimations pour 2026 évoquent 4,5 millions de filles à risque, dont beaucoup ont moins de cinq ans.

Les agences des Nations-unies rappellent que les Mgf constituent une violation des droits humains. Elles affectent la santé physique et mentale, entraînent des complications à vie et représentent un coût économique important, car, le traitement des conséquences est estimé à 1,4 milliard de dollars par an.

Des progrès réels, mais fragilisés

Des avancées existent. Près des deux tiers des populations dans les pays concernés se disent favorables à l’abandon des Mgf. La moitié des progrès enregistrés depuis 1990 l’ont été au cours de la dernière décennie, avec une baisse de la proportion de filles victimes, passée de la moitié à environ un tiers. Les stratégies efficaces sont connues : éducation à la santé, mobilisation des responsables religieux et communautaires, implication des parents et des professionnels de santé, usage des médias et soutien complet aux survivantes (soins, accompagnement psychosocial, assistance juridique).

Mais ces acquis sont menacés. La baisse des financements internationaux pour la santé, l’éducation et la protection de l’enfance affaiblit les programmes de prévention. À cela s’ajoute une opposition croissante, y compris des discours justifiant une « médicalisation » de la pratique. Sans ressources suffisantes et stables, le risque est celui d’un recul, exposant davantage de filles.

Au Bénin comme ailleurs, la lutte contre les Mgf ne se joue plus seulement sur le terrain juridique, mais sur celui de la transformation sociale et du maintien des investissements. Les engagements sont là, les solutions identifiées. L’urgence est désormais de maintenir l’effort pour que la loi et les droits des filles deviennent une réalité partout.

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