Négociations ou guerre ? Les satellites trahissent les préparatifs militaires de Washington et Téhéran

Les images ne mentent pas. Tandis que diplomates américains et iraniens s’assoient à Genève pour parler nucléaire, des satellites commerciaux captent, base après base, l’assemblage silencieux d’une armada dont la puissance de feu dépasse tout ce que la région a connu depuis des décennies.

Jeudi 19 février, Donald Trump s’est accordé dix jours. Dix jours pour décider si un accord avec Téhéran reste possible — et si la réponse est non, a-t-il averti : « De mauvaises choses se produiront. » L’ultimatum tombe au lendemain d’un second round de pourparlers indirects à Genève, médiatisés par Oman, que la Maison-Blanche qualifie prudemment de « progrès » tout en précisant rester « éloignée sur certaines questions ». Sur le terrain, l’arithmétique est brutale.

L’armada américaine, visible depuis l’espace

Deux porte-avions, une vingtaine de navires de guerre et sous-marins, environ 130 avions d’attaque, une centaine d’appareils de soutien et de renseignement : le dispositif militaire américain dans le Golfe grossit chaque semaine. L’USS Abraham Lincoln patrouille déjà en mer d’Oman. L’USS Gerald R. Ford est en route.

Publicité

Les satellites de Planet Labs montrent, sur la grande base américaine d’Al-Udeid au Qatar, des camions M983 porteurs de systèmes Patriot repositionnés sur leurs roues — une mobilité inhabituelle qui interroge les analystes OSINT. En Jordanie, sur la base de Muwaffaq Salti, des clichés des satellites chinois Mizarvision révèlent six avions de guerre électronique E/A-18G, capables de paralyser les défenses aériennes adverses. À Diego Garcia, dans l’océan Indien, des appareils ravitailleurs et des avions de combat s’accumulent.

Selon des responsables américains cités par Reuters sous couvert d’anonymat, l’armée se prépare à des opérations soutenues pendant plusieurs semaines. Le vice-président JD Vance, depuis l’Azerbaïdjan le 11 février, avait déjà prévenu : « Trump dispose de nombreuses options pour attaquer l’Iran, car nous avons l’armée la plus puissante au monde. » Les frappes éventuelles viseraient non seulement les sites nucléaires, mais aussi des infrastructures publiques et sécuritaires iraniennes.

Cette concentration de forces intervient huit mois après la guerre des 12 jours — ce conflit éclair de juin 2025 qui a transformé durablement l’équilibre régional. Dans la nuit du 12 au 13 juin, Israël avait lancé l’opération Rising Lion : 200 avions, 330 munitions, des frappes sur Natanz, Fordow, les installations des Gardiens de la Révolution à Téhéran. Puis, dans la nuit du 21 au 22 juin, les bombardiers furtifs B-2 Spirit américains avaient largué quatorze bombes pénétrantes GBU-57A/B de 13 tonnes sur ces mêmes sites dans le cadre de l’opération Marteau de minuit. Bilan : plus de 1 000 morts iraniens, 28 Israéliens. Trump avait lui-même rappelé le 11 février la brutalité de cet épisode : « La dernière fois, l’Iran avait décidé qu’il serait mieux de ne pas conclure d’accord — cela a mal tourné pour eux. Espérons que cette fois ils seront plus raisonnables. »

Mais le programme nucléaire iranien n’a pas été anéanti. Des responsables israéliens l’ont eux-mêmes confié à leurs homologues français : 450 kg d’uranium enrichi subsistent, ainsi que le savoir-faire pour en fabriquer une charge militaire.

Téhéran reconstruit, menace et négocie en même temps

De l’autre côté du Golfe, les satellites racontent une autre histoire. Autour d’Ispahan, des unités d’artillerie iraniennes s’enterrent, protégées par des filets anti-drones. Au complexe militaire de Parchin, une nouvelle installation a été recouverte de béton puis de terre. Les entrées de tunnels sur des sites nucléaires bombardés l’an dernier ont été fortifiées. Le 5 février, les Gardiens de la Révolution ont déployé le missile balistique longue portée Khorramshahr-4 dans une installation souterraine — un glissement vers une posture plus offensive, selon plusieurs analystes.

Le 17 février, le Guide suprême Ali Khamenei franchissait un cap. Sur le réseau X, il postait une image générée par IA montrant le porte-avions Gerald Ford coulant par le fond — avant de trancher devant ses partisans : « L’armée la plus puissante du monde peut parfois être frappée si fort qu’elle ne peut pas se lever. »

Face aux exigences américaines sur les missiles balistiques, Khamenei a balayé toute concession : « Vous dites : limitez vos missiles à cette portée. En quoi cela vous regarde-t-il ? Sans armement dissuasif, un pays sera écrasé par l’ennemi. » Le chef du Conseil de sécurité nationale, Ali Larijani, a enfoncé le clou depuis Doha : « En cas d’attaque américaine, nous attaquerons les bases des États-Unis dans la région. »

Le président iranien Massoud Pezeshkian a posé la question autrement : « Nous ne voulons pas la guerre. Mais s’ils veulent nous imposer leur volonté, devrions-nous courber la tête à tout prix ? » Téhéran maintient ses lignes rouges : enrichissement de l’uranium garanti, négociations limitées au nucléaire civil, levée des sanctions en échange. « Aucun pays ne peut priver l’Iran du droit de bénéficier pacifiquement de cette technologie », a réaffirmé le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Mohammad Eslami.

Du côté israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahou affiche un scepticisme assumé : « Il ne s’agit pas simplement de la question nucléaire, mais aussi des missiles balistiques et des groupes armés mandataires de l’Iran. » Et une menace directe : « Si les ayatollahs commettent l’erreur de nous attaquer, ils feront face à une riposte qu’ils ne peuvent même pas imaginer. »

Les lignes de fracture restent les mêmes. Washington exige un accord couvrant le nucléaire, les missiles balistiques et le soutien iranien au Hezbollah et au Hamas. Téhéran ne veut discuter que du nucléaire civil, contre levée des sanctions. Selon Axios, « l’administration Trump est plus proche d’une guerre de grande ampleur au Moyen-Orient que la plupart des Américains ne le pensent ». Le secrétaire d’État Marco Rubio doit se rendre en Israël dans les prochaines semaines. L’ultimatum de Trump expire aux alentours du 1er mars.

Laisser un commentaire