Le Port de Lomé devient la porte d’entrée d’un don russe destiné à nourrir les champs nigériens. Une opération à trois acteurs — Moscou, Niamey, Lomé — qui dit tout du nouveau visage de la diplomatie sahélienne.
Lomé, pivot logistique d’une livraison venue de Moscou
Mercredi 25 février 2026. Le ministre togolais chargé de l’Économie maritime Kokou Edem TENGUE reçoit son homologue de l’Agriculture, Mahaman Elhadj Ousmane. À l’issue de l’échange, l’annonce tombe : le Port autonome de Lomé acheminera 20 000 tonnes d’engrais minéraux offerts par la Russie au Niger. Le ministre togolais a annoncé le contenu des échanges sur son compte X.
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Ukraine : le Ghana appelle à la libération de ses citoyens qui combattaient pour la RussieCe n’est pas une première prise de contact. Une délégation nigérienne avait déjà fait le déplacement à Lomé du 11 au 19 février pour cartographier la chaîne logistique complète — déchargement, reconditionnement, stockage, transport terrestre vers Niamey. L’accord était donc prêt. La rencontre du 25 a officialisé ce qui était déjà négocié.
Le port de Lomé, arme économique du rapprochement Togo-AES
Derrière la logistique, une géopolitique lisible. Depuis le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la CEDEAO, les tensions avec certains pays de la sous-région ont contraint ces trois pays à rediriger leurs flux commerciaux vers le port de Lomé et celui de Tema au Ghana.
Le Togo n’a pas subi ce glissement — il l’a encouragé. En mars 2025, Lomé et Bamako ont lancé la phase pilote d’une interconnexion de leurs systèmes douaniers sur le corridor Lomé-Bamako, projet appelé à s’étendre vers Ouagadougou et Niamey. Un chantier structurant, financé en partie par la Banque mondiale, qui transforme le port togolais en colonne vertébrale logistique de l’AES.
Le Port autonome de Lomé a manutentionné plus de 30 millions de tonnes en 2024 et sa connexion aux marchés enclavés du Sahel en fait un levier que Faure Gnassingbé entend pleinement valoriser. Côté nigérien, l’opération répond à une priorité agricole nationale. Le don russe, qualifié de « non conditionné » par les autorités de Niamey, vise directement la sécurité alimentaire d’un pays sahélien soumis aux aléas climatiques et aux effets persistants des sanctions post-coup d’État.
Les modalités précises d’acheminement terrestre depuis Lomé jusqu’au Niger — délais, opérateurs, points de stockage intermédiaires — restent à confirmer. La campagne agricole nigérienne constitue l’échéance naturelle qui fixera le rythme de livraison.
