La raffinerie Dangote, implantée dans la zone franche de Lekki à Lagos, a officiellement atteint sa capacité nominale de 650 000 barils de pétrole brut par jour, selon un communiqué publié le 11 février 2026. Ce jalon, qualifié de première mondiale pour une raffinerie à train unique de cette envergure, intervient après l’optimisation de l’unité de distillation de brut et du bloc de production d’essence. L’annonce relance le débat sur l’avenir du naira et la capacité du Nigeria à réduire drastiquement sa dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés.
Le directeur général de la raffinerie, David Bird, a souligné que l’ensemble du bloc essence — comprenant l’unité d’hydrotraitement du naphta, l’unité d’isomérisation et le reformeur catalytique — fonctionne désormais de manière stable à pleine puissance. Pour valider cette performance, l’installation a entamé une batterie de tests intensifs sur 72 heures, menés conjointement avec le licencieur technologique UOP, afin de confirmer que tous les paramètres critiques respectent les normes internationales les plus exigeantes. La phase suivante, programmée pour la semaine prochaine, consistera à soumettre les autres unités de traitement du complexe à leurs propres séries d’évaluations techniques, marquant ainsi les dernières étapes de validation avant un fonctionnement intégralement opérationnel sur l’ensemble de la chaîne de raffinage.
Raffinerie Dangote : une contribution croissante à l’approvisionnement pétrolier du Nigeria
Au-delà de la prouesse industrielle, cette montée en puissance se traduit déjà par des effets concrets sur le marché intérieur nigérian. Durant la période des fêtes de fin d’année, l’installation a fourni entre 45 et 50 millions de litres d’essence par jour au marché domestique. Avec le CDU et le bloc essence désormais pleinement restaurés, la raffinerie affirme pouvoir livrer jusqu’à 75 millions de litres quotidiens de carburant si la demande l’exige. Ces volumes représentent une transformation majeure pour un pays qui, jusqu’à récemment, importait plus de 80 % de ses produits pétroliers raffinés malgré son statut de grand producteur de brut africain. La perspective d’une autosuffisance en carburants, longtemps considérée comme un objectif lointain, semble aujourd’hui se rapprocher à mesure que les capacités de production se stabilisent.
Comment Aliko Dangote a transformé le paysage pétrolier nigérian
L’industriel Aliko Dangote, homme le plus riche d’Afrique, a dévoilé les premières grandes lignes de ce projet titanesque dès septembre 2013, en annonçant un financement initial de 3,3 milliards de dollars. Ce qui devait initialement coûter environ 9 milliards de dollars a finalement nécessité des investissements dépassant les 19 milliards, tant les défis logistiques et techniques se sont avérés colossaux. La construction majeure a véritablement démarré en juillet 2017 sur un terrain de plus de 2 500 hectares, et le site a vu s’ériger des structures records, dont la plus grande colonne de distillation de brut jamais fabriquée au monde, haute de 112 mètres et pesant 2 350 tonnes. L’inauguration officielle est intervenue le 22 mai 2023, mais la montée en régime progressive a pris près de trois années supplémentaires avant d’aboutir à la pleine capacité annoncée cette semaine.
Ce parcours a profondément bouleversé l’industrie pétrolière nigériane : en représentant à elle seule environ 67 % de la capacité de raffinage fonctionnelle du pays au premier semestre 2025, l’installation a imposé un nouveau paradigme où le Nigeria peut enfin envisager de transformer son propre or noir sur son sol, plutôt que de l’exporter brut pour le racheter raffiné à prix fort. Et l’ambition ne s’arrête pas là, puisqu’en octobre 2025, Aliko Dangote a annoncé un projet d’expansion visant à porter la capacité à 1,4 million de barils par jour, ce qui surpasserait la raffinerie de Jamnagar en Inde pour devenir la plus grande au monde, toutes catégories confondues.
Impact sur le naira et les perspectives économiques du Nigeria
Les analystes du secteur énergétique estiment que le fonctionnement à plein régime de cette méga-infrastructure pourrait permettre au Nigeria d’économiser jusqu’à 10 milliards de dollars annuellement en devises étrangères. Une telle réduction des sorties de capitaux destinés aux importations de carburants pourrait constituer un soutien significatif pour le naira, monnaie sous pression constante ces dernières années face au dollar américain. La diminution progressive de la dépendance aux produits raffinés importés contribuerait également à atténuer la volatilité des prix à la pompe et à mettre fin aux pénuries récurrentes qui paralysent régulièrement l’économie du pays. Au-delà du seul secteur des carburants, le complexe de Lekki est conçu pour alimenter des industries en aval, notamment la pétrochimie et la production d’engrais, ouvrant ainsi la voie à une diversification économique dont le Nigeria a cruellement besoin pour réduire sa vulnérabilité aux fluctuations des cours du brut.
Si la pleine capacité de l’unité de distillation et du bloc essence constitue indéniablement une étape charnière, le véritable test pour la raffinerie Dangote résidera dans sa capacité à maintenir durablement ce niveau de production tout en achevant la validation technique de l’ensemble de ses unités. Pour le naira et l’économie nigériane, les prochains mois s’annoncent décisifs.
