Nigeria : le Congrès américain présente à Trump un rapport pour protéger les chrétiens

Le Congrès américain enroule ses muscles financiers et diplomatiques contre le Nigeria. Après des mois d’enquête, les parlementaires ont soumis à Trump un rapport sur le régime d’Abuja, proposant des mesures pour mettre fin à ce qu’ils perçoivent comme une persécution des chrétiens.

À la Maison Blanche ce mardi, le député Riley M. Moore franchit la ligne avec des membres des commissions des crédits et des affaires étrangères. « Le député Riley M. Moore s’est joint aux membres des commissions des crédits et des affaires étrangères de la Chambre des représentants à la Maison Blanche pour présenter officiellement le rapport exhaustif décrivant des actions concrètes visant à mettre fin à la persécution des chrétiens au Nigeria ». Sur la table : un document qui ne tolère aucune zone grise. Gel partiel de l’aide. Sanctions ciblées. Abrogation des lois sur la charia.

Depuis octobre 2025, Washington a replacé Abuja sur sa liste « particulièrement préoccupante » en matière de liberté religieuse. L’ambassadrice américaine à l’ONU affirme que 80 % des violences contre les chrétiens mondiaux se concentreraient au Nigeria. L’administration Trump transforme ce dossier en priorité politique. Abuja oppose un non catégorique. Les autorités nigérianes soutiennent que Washington confond conflit communautaire et persécution religieuse organisée. Les violences répondent à des rivalités pour l’eau, les terres, les pâturages, amplifiées par l’effondrement de l’État, plaident les autorités. Deux récits incompatibles. Deux blocs en collision.

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Cinq mois d’enquête, six conditions sans détour

Le rapport n’est pas une simple note diplomatique. « Ce rapport est le fruit de plusieurs mois d’enquête, incluant une mission d’information conjointe du Congrès au Nigéria, des auditions d’experts, des consultations avec des chefs religieux, des rencontres avec des personnes déplacées et des échanges avec de hauts responsables du gouvernement nigérian ». Les parlementaires ont enroulé tout cela en six exigences précises.

L’accord bilatéral de sécurité vient en tête : « Établir un accord bilatéral de sécurité entre les États-Unis et le Nigéria afin de protéger les communautés chrétiennes vulnérables et de démanteler les réseaux djihadistes ». Suit « la suspension de certains fonds américains, dans l’attente de mesures concrètes prises par le gouvernement nigérian pour mettre fin aux violences contre les chrétiens ».

Par ailleurs, le rapport évoque la « mise en œuvre de sanctions et de restrictions de visa à l’encontre des individus et des groupes responsables ou complices de persécution religieuse ». Appui technique « pour éliminer la violence des milices armées peules ». Et surtout : « l’abrogation de la charia et des lois sur le blasphème » — un défi direct à l’ordre juridique nigérian. Le Congrès propose également une « collaboration avec des partenaires internationaux, notamment la France, la Hongrie et le Royaume-Uni ».

L’arme financière braquée

Couper certains fonds américains pèserait lourd. Le Nigeria demeure parmi les premiers récepteurs d’assistance militaire américaine en Afrique de l’Ouest. Une rupture affecterait la lutte contre Boko Haram et l’État islamique au Sahel. La coalition avec Paris, Budapest et Londres accroît le poids diplomatique. Le Nigéria demeure parmi les premiers récepteurs d’assistance militaire américaine en Afrique de l’Ouest. Mais Washington dépasse désormais les menaces.

Le 25 décembre, jour de Noël, les États-Unis ont lancé des frappes aériennes dans le nord-ouest du pays. « Au total, 16 munitions de précision guidées par GPS ont été déployées à l’aide de plateformes aériennes sans pilote MQ-9 Reaper, neutralisant avec succès des éléments de l’EI qui tentaient de pénétrer au Nigeria depuis le corridor sahélien », a détaillé le ministre nigérian de l’Information, Mohammed Idris. Trump a déclaré par la suite : « J’avais précédemment prévenu ces terroristes que s’ils n’arrêtaient pas le massacre de chrétiens, ils allaient le payer cher, et ce soir, ils ont payé ».

Le Nigeria reste frappé par des attaques de groupes armés au Nord, avec fusillades, enlèvements et raids meurtriers. Boko Haram et l’ISWAP continuent leurs opérations malgré les interventions militaires nigérianes, tandis que les violences récentes ont conduit les États‑Unis à soutenir Abuja dans la lutte contre les insurgés et les bandits. Ces attaques maintiennent une inquiétude parmi les populations locales.

Reste maintenant à savoir si Trump acceptera de prendre en compte ce rapport et d’agir en conséquence. L’efficacité de ces mesures dépendra en grande partie de sa volonté politique et de l’engagement concret de son administration.

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