Le Nigeria détient des ressources minérales considérables : étain, zinc, fer, calcaire, lithium et autres minerais stratégiques qui constituent un potentiel économique estimé à environ 700 milliards de dollars. Pourtant, ce secteur ne contribue que pour moins d’1 % au produit intérieur brut du pays, tandis que le pétrole et le gaz naturel assurent 90 % des revenus. C’est dans cette situation de sous-exploitation que le gouvernement nigérian a accéléré ses efforts de diversification économique à partir de 2022, ambitionnant de transformer ses minéraux en vecteur de croissance. Une ambition rapidement entravée par l’ampleur des activités minières clandestines.
La Renevlyn Development Initiative, organisation nigériane engagée dans la défense des droits humains et de l’environnement, vient de publier un rapport intitulé « Conquête silencieuse : l’influence chinoise dans le secteur des minéraux solides au Nigeria ». L’étude examine les activités minières menées entre 2018 et 2025, en se concentrant particulièrement sur la période depuis 2022. Selon le rapport, l’exploitation minière illégale par des entreprises chinoises affaiblit l’économie nigériane, détériore l’environnement et contraint les populations locales à abandonner leurs terres.
Dégradation environnementale et déstabilisation sociale
Les chercheurs se sont concentrés sur sept États riches en minéraux — Kogi, Kwara, Nasarawa, Niger, Osun, Plateau et Zamfara — où l’exploitation minière illégale et la présence d’entreprises chinoises sont particulièrement répandues. Dans ces régions, les opérations clandestines transforment des terres agricoles, des forêts et des lits de rivières en sites d’extraction non régulés, entraînant une dégradation de l’environnement, une montée des tensions sociales et une perte importante de revenus pour l’État.
L’exploitation minière illégale contribue à l’insécurité en renforçant les réseaux criminels, en créant de nouvelles voies de trafic et en déstabilisant certaines parties du Nord-Ouest et du Nord-Centre du Nigeria selon les chercheurs. Des rapports font état de recrutement d’enfants, d’exploitation sexuelle dans certaines zones d’extraction, tandis que les populations locales dénoncent des menaces sécuritaires permettant aux opérateurs clandestins de poursuivre leurs activités sans contrôle.
Contrôle national en péril et failles institutionnelles
Le rapport souligne une défaillance dans le contrôle du secteur minier nigérian. Selon l’organisation, l’absence d’application des règles a permis aux mineurs chinois d’opérer sans respect des normes ni considération pour le bien-être des communautés locales. Cette situation révèle une faille plus profonde : le Nigeria perd progressivement le contrôle de ses ressources minérales stratégiques.
Le rapport souligne également que les opérateurs clandestins exploitent les lacunes réglementaires et la corruption des forces de sécurité, rendant les autorités locales incapables de contenir un phénomène qui traduit une captation progressive du secteur par des acteurs hors la loi. Selon le rapport, bien que l’Agence des crimes financiers et économiques (EFCC) et d’autres institutions aient renforcé les arrestations et les poursuites contre les mineurs chinois et leurs partenaires nigérians, leurs efforts restent insuffisants face à l’ampleur du problème.
Pour y remédier, l’organisation propose plusieurs mesures visant à endiguer l’exploitation minière illégale et à renforcer le contrôle du secteur : s’assurer que toutes les entreprises minières chinoises et étrangères disposent des licences nécessaires et soient sanctionnées en cas de violation de la loi, restreindre l’octroi de visas touristiques aux ressortissants chinois afin de limiter leur capacité à travailler dans les mines ou à prolonger indûment leur séjour, et renforcer les moyens de l’Agence nationale de contrôle des normes et règlements environnementaux pour tenir les mineurs illégaux responsables des dommages environnementaux qu’ils causent.
