Persécutions au Nigeria : des élus américains veulent forcer Abuja à rendre des comptes

Plusieurs parlementaires républicains ont déposé au Congrès américain un projet de loi visant à contraindre le gouvernement nigérian à agir contre les violences religieuses qui frappent le pays depuis plus d’une décennie. Le texte, baptisé Nigeria Religious Freedom and Accountability Act of 2026, prévoit notamment des sanctions ciblées et un mécanisme de surveillance renforcé du Département d’État. Porté par les représentants Riley Moore (Virginie-Occidentale) et Chris Smith (New Jersey), ce projet bénéficie du soutien de figures influentes du Congrès, dont le président du comité des appropriations Tom Cole et celui des Affaires étrangères Brian Mast. L’initiative intervient alors que les relations entre Washington et Abuja oscillent entre coopération sécuritaire renforcée et divergences sur la question des libertés religieuses.

La Chambre des représentants américaine vient d’ouvrir un nouveau front législatif sur la question des violences confessionnelles au Nigeria. Alors que ce pays de plus de 200 millions d’habitants fait face depuis des années à des attaques récurrentes attribuées à divers groupes armés, des élus influents du Capitole souhaitent inscrire dans la loi des mécanismes contraignants pour accompagner Abuja dans la protection de ses communautés religieuses. Le texte déposé récemment va au-delà d’une simple condamnation symbolique : il impose au Département d’État américain de produire un rapport détaillé évaluant la conformité du Nigeria aux standards internationaux en matière de liberté de culte, le traitement réservé aux personnes déplacées par les violences, l’application des législations relatives au blasphème dans les États du nord ainsi que les mesures judiciaires engagées contre les auteurs d’exactions visant des communautés religieuses.

Sanctions américaines et obligations de transparence envers le Nigeria

Au Sénat, une initiative parallèle vient compléter cette démarche. Le sénateur Ted Cruz a déposé un texte prévoyant des sanctions individuelles à l’encontre de responsables nigérians qui seraient impliqués dans la facilitation de violences perpétrées par des groupes djihadistes ou dans l’application de lois jugées restrictives en matière de blasphème. Cette proposition exige également que le secrétaire d’État maintienne la classification du Nigeria parmi les « pays particulièrement préoccupants » (Country of Particular Concern), une désignation actée par le président Donald Trump fin octobre 2025 et qui permet l’application de mesures diplomatiques et économiques spécifiques. Le représentant Chris Smith, fort de treize auditions parlementaires consacrées à la situation religieuse au Nigeria, a estimé que le déni des autorités avait aggravé la crise. De son côté, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a affirmé en septembre 2025 que son pays ne connaissait pas de persécution religieuse, ajoutant après la désignation américaine que « la caractérisation du Nigeria comme religieusement intolérant ne reflète pas la réalité nationale ». La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale recommande quant à elle, chaque année depuis 2009, le classement du Nigeria parmi les nations nécessitant une attention particulière.

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Coopération militaire USA – Nigeria dans la lutte antiterroriste

Ce bras de fer législatif se déroule paradoxalement dans un cadre de rapprochement sécuritaire sans précédent entre les deux pays. Le 25 décembre 2025, le commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM) a conduit des frappes contre des positions de l’État islamique dans l’État de Sokoto, une opération menée à la demande des autorités nigérianes selon AFRICOM, et qui constitue la première intervention militaire directe américaine reconnue sur le sol nigérian. La coopération s’est depuis considérablement élargie : le général Dagvin Anderson, commandant d’AFRICOM, a révélé début février 2026 qu’une petite équipe militaire américaine était déjà déployée au Nigeria pour appuyer les forces locales, après une rencontre avec le président Tinubu à Rome dans le cadre du canal diplomatique dit « processus Archibald ». Un groupe de travail conjoint a été institué pour cibler le financement des réseaux terroristes et renforcer les capacités d’investigation nigérianes, tandis que Washington a livré en janvier 2026 du matériel militaire supplémentaire à Abuja. Le Nigeria a parallèlement intensifié sa coopération régionale, notamment avec le Tchad dans le bassin du lac Tchad sous l’égide de l’ONUDC, et a lancé un plan stratégique national antiterroriste couvrant la période 2025-2030. L’armée de l’air nigériane a par ailleurs revendiqué la neutralisation de plus de 2 300 éléments terroristes à travers 274 frappes aériennes de précision au cours de l’année 2025.

Liberté religieuse au Nigeria : le Congrès entre partenariat sécuritaire et pression politique

Malgré cette dynamique militaire commune, les parlementaires américains considèrent que la coopération sur le terrain ne dispense pas de réformes en matière de gouvernance et de protection des populations civiles. Le projet de loi déposé à la Chambre propose également de faire classer les milices peules armées parmi les organisations terroristes étrangères au sens du droit américain. Les données publiées par l’organisation Intersociety font état de plus de 7 000 chrétiens tués durant les sept premiers mois de 2025, et de plus de 19 000 églises attaquées ou détruites depuis 2009. Des groupes tels que Boko Haram, la Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) et diverses milices armées figurent parmi les auteurs identifiés de ces violences, qui touchent également des musulmans victimes de ces mêmes organisations extrémistes. Les autorités nigérianes soulignent régulièrement que les attaques frappent indistinctement chrétiens et musulmans et que la lutte contre l’insécurité demeure une priorité nationale. Le représentant Riley Moore a pour sa part salué la coopération du gouvernement nigérian avec l’administration Trump, tout en précisant que Washington ne tolérerait pas la poursuite des violences contre les chrétiens. Une résolution complémentaire adoptée par la Chambre appelle à mobiliser l’ensemble des leviers diplomatiques, économiques et sécuritaires pour accompagner le Nigeria dans la résolution de cette crise sécuritaire. L’équation reste délicate pour les deux capitales : conjuguer un partenariat militaire devenu stratégique avec des exigences politiques croissantes sur la protection effective de toutes les communautés religieuses nigérianes.

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