Le conflit entre le Niger et le groupe nucléaire français Orano vient de franchir un nouveau palier. Alors que l’entreprise a engagé plusieurs procédures d’arbitrage devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) suite à la nationalisation de sa filiale SOMAÏR en juin 2025, les autorités nigériennes ont riposté sur le terrain judiciaire. Un stock d’uranium estimé à plus de 1 000 tonnes, déplacé depuis le site d’Arlit vers l’aéroport de Niamey fin novembre, demeure bloqué depuis plusieurs semaines tandis que le Niger cherche à le commercialiser sur le marché international. C’est dans ce bras de fer que Niamey a décidé de porter l’offensive devant les tribunaux.
Le Niger accuse Orano d’abandon de déchets radioactifs à Arlit
Le ministre nigérien de la Justice Alio Daouda a révélé lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 4 février 2026 la découverte de 400 tonneaux contenant des matières radioactives sur un ancien site d’exploitation abandonné par Orano dans le département d’Arlit, au nord du pays. Les analyses effectuées sur place auraient mis en évidence des niveaux de radioactivité préoccupants, oscillant entre 7 et 10 microsieverts par heure, soit jusqu’à vingt fois supérieurs à la dose considérée comme normale de 0,5 microsievert.
Le garde des Sceaux a pointé la présence de deux substances identifiées lors des prélèvements : le bismuth 207 et le chrome X. Ces éléments seraient susceptibles d’affecter toute personne se trouvant dans un rayon de dix mètres, avec des risques de troubles respiratoires aigus selon les autorités nigériennes.
« L’État du Niger a pris toutes les dispositions pour poursuivre Orano et obtenir réparation de tous les préjudices », a martelé Alio Daouda, évoquant des dommages environnementaux, sanitaires et sociaux causés aux communautés locales.
Niamey prépare des poursuites nationales et internationales contre le groupe français
Les autorités nigériennes entendent porter l’affaire devant les juridictions nationales mais également étrangères afin d’obtenir condamnation et réparations. Le ministre a fustigé ce qu’il qualifie d’atteinte à la souveraineté du pays et accusé l’ancien exploitant d’avoir laissé des millions de tonnes de déchets radioactifs à l’air libre pendant des décennies.
Un comité d’experts a été mis en place pour documenter l’ensemble des violations présumées concernant l’environnement, la santé publique et la fiscalité commises durant le demi-siècle d’exploitation de l’uranium nigérien par Areva puis Orano.
De son côté, le groupe français maintient sa position. Orano a obtenu une décision du CIRDI en septembre 2025 interdisant au Niger de vendre ou transférer le minerai stocké. L’entreprise, détenue à 90% par l’État français, évalue son préjudice à environ 354 millions de dollars et a promis de poursuivre « quiconque voudrait mettre la main » sur l’uranium qu’elle considère comme sa propriété. Le parquet de Paris a par ailleurs ouvert une enquête pour vol en bande organisée, confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure.
Cette bataille juridique à fronts multiples montre les tensions persistantes autour de l’exploitation des ressources stratégiques nigériennes, alors que le pays a rompu ses accords avec la France depuis le changement de pouvoir intervenu en juillet 2023.


