La recherche sur la longévité a connu une accélération spectaculaire en 2025. Entre découvertes en laboratoire, molécules du quotidien aux vertus insoupçonnées et confirmation du rôle clé de l’alimentation, le rêve de vieillir en pleine forme n’a jamais semblé aussi proche. Mais entre promesses et réalité, le fossé reste important.
Des souris qui rajeunissent, une IA qui trouve des molécules anti-âge
Rarement une année aura autant bousculé la science du vieillissement. À l’université de Berkeley, en Californie, des chercheurs ont réussi à prolonger de 70 % la durée de vie de souris âgées grâce à un cocktail associant l’ocytocine, une hormone naturelle, à un inhibiteur de l’inflammation cellulaire. Les souris traitées ont non seulement vécu bien plus longtemps, mais ont retrouvé une agilité et des capacités cognitives remarquables. Détail encourageant : les deux substances utilisées sont déjà connues des autorités sanitaires.
L’intelligence artificielle a elle aussi fait une entrée remarquée dans le domaine. Au Scripps Research Institute, un algorithme a passé au crible des milliers de composés chimiques et identifié plusieurs molécules capables d’allonger la vie d’organismes en laboratoire, avec un taux de réussite supérieur à 70 %. « L’intelligence artificielle peut nous aider à dépasser l’approche traditionnelle d’un seul médicament pour une seule cible », a déclaré Michael Petrascheck, professeur à Scripps Research et co-auteur de l’étude.
Côté startups, le passage à l’humain s’accélère. Retro Biosciences, soutenue par le patron d’OpenAI Sam Altman, a lancé fin 2025 son premier essai clinique sur un volontaire sain en Australie. Sa molécule vise à restaurer le système de nettoyage des cellules, dont l’efficacité décline avec l’âge. Life Biosciences, cofondée par le chercheur de Harvard David Sinclair, prépare pour 2026 les tout premiers tests humains d’une thérapie capable, en théorie, de rajeunir les cellules. Le marché mondial de l’anti-âge a dépassé les 85 milliards de dollars en 2025.
Ozempic, rapamycine, vitamine D : ces médicaments qui intriguent les chercheurs
C’est peut-être dans l’armoire à pharmacie que se cachent les pistes les plus inattendues. Les médicaments GLP-1 — connus sous les noms d’Ozempic et de Wegovy, initialement prescrits contre le diabète et l’obésité — suscitent un engouement croissant. Un essai clinique annoncé en octobre 2025 suggère que le sémaglutide pourrait réduire l’âge biologique de plus de trois ans. En Chine, de faibles doses d’un médicament similaire ont contrecarré plusieurs marqueurs du vieillissement chez la souris. La revue Nature Biotechnology a posé la question sans détour en novembre 2025 : les GLP-1 sont-ils les premiers médicaments de longévité ? Elle a noté que ces molécules disposent d’un avantage considérable sur les autres candidats anti-âge : des années de données humaines accumulées en pratique clinique. Environ un tiers de leurs bénéfices cardiovasculaires ne seraient pas liés à la perte de poids, mais à des propriétés anti-inflammatoires plus larges.
Les chercheurs restent toutefois prudents. Michael Snyder, généticien à Stanford, a rappelé l’absence de données à long terme sur des individus en bonne santé. Nir Barzilai, directeur de l’Institut de recherche sur le vieillissement à New York, a nuancé lors d’un débat en décembre 2025 : si la moitié des effets des GLP-1 semblent indépendants de la réduction de l’obésité, il reste difficile d’en démêler les mécanismes précis.
D’autres molécules bien moins coûteuses intéressent la recherche. La rapamycine, découverte dans les sols de l’île de Pâques, est considérée comme le composé le plus fiable pour allonger la durée de vie animale après vingt ans de tests. En 2025, un essai clinique a montré qu’une faible dose quotidienne améliore la santé cardiovasculaire de personnes âgées en seulement huit semaines. La vitamine D3, selon deux études publiées en 2025, peut réduire l’usure biologique de l’organisme de l’équivalent de près de trois ans et protéger les télomères, ces capuchons situés aux extrémités des chromosomes dont l’érosion est un marqueur reconnu du vieillissement. Quant à la metformine, antidiabétique à environ 14 dollars par mois, elle fait l’objet de l’ambitieux essai TAME, qui vise à prouver qu’un médicament peut cibler le vieillissement lui-même.
L’assiette et le mode de vie, toujours en tête
Alors que les regards se tournent vers les biotechnologies, la science rappelle que l’alimentation reste l’un des leviers les plus puissants. Une étude publiée en 2025 dans Nature Medicine a suivi plus de 105 000 personnes pendant trente ans. Constat frappant : seuls 9,3 % des participants ont atteint 70 ans en pleine santé. Mais ceux dont le régime était riche en fruits, légumes, céréales complètes et noix avaient jusqu’à 86 % de chances supplémentaires d’y parvenir. « Ce que vous mangez à la quarantaine peut jouer un rôle déterminant dans la façon dont vous vieillirez », a souligné Anne-Julie Tessier, première auteure de l’étude et chercheuse à l’Institut de cardiologie de Montréal. Des chercheurs norvégiens ont estimé qu’un jeune adulte adoptant un régime optimal pourrait gagner jusqu’à dix à treize ans d’espérance de vie par rapport à un régime occidental classique. Même à 60 ans, le bénéfice resterait de huit à neuf années.
À l’inverse, les aliments ultra-transformés accélèrent le vieillissement. Une méta-analyse portant sur plus de 1,1 million de participants a établi que les plus gros consommateurs de ces produits présentent un risque de mortalité augmenté de 15 %. Selon une estimation publiée dans l’American Journal of Preventive Medicine en avril 2025, entre 4 et 14 % des décès prématurés dans huit pays étudiés seraient directement attribuables à ces produits industriels.
Ces données de laboratoire confirment ce que certaines populations démontrent depuis des décennies. En Sardaigne, à Okinawa au Japon, au Costa Rica, sur l’île grecque d’Ikaria et à Loma Linda en Californie, les habitants vivent exceptionnellement longtemps sans technologie médicale de pointe. Ces cinq « zones bleues », identifiées au début des années 2000, concentrent jusqu’à dix fois plus de centenaires que la moyenne mondiale. Les chercheurs s’accordent sur un point essentiel : la génétique ne pèse que 10 à 20 % dans l’équation. Le reste tient au mode de vie — alimentation végétale, activité physique naturelle, liens sociaux solides et ce que les Okinawaïens appellent l’ikigai, une raison de se lever chaque matin. En octobre 2025, une étude de l’université Cornell a d’ailleurs confirmé que des liens sociaux forts ralentissent le vieillissement cellulaire en réduisant l’inflammation chronique.
La France, sans être une zone bleue, illustre bien cette dynamique. Le pays compte plus de 30 000 centenaires — trente fois plus que dans les années 1960 — et détient le record européen. L’espérance de vie en bonne santé y atteint 77 ans pour les femmes et 75,5 ans pour les hommes en 2024. Selon les dernières données de la DREES publiées en janvier 2026, l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans a gagné près de deux ans depuis 2008, plaçant la France nettement au-dessus de la moyenne européenne.
Pour autant, la médecine de la longévité se heurte à des limites concrètes. Aucune molécule n’a reçu d’approbation pour traiter le vieillissement en tant que tel. La rapamycine, la metformine et les GLP-1 sont tous utilisés hors indication, sans validation par des essais de grande envergure sur des personnes en bonne santé. Les cliniques spécialisées facturent leurs programmes plusieurs dizaines de milliers de dollars par an, créant une médecine à deux vitesses. Il y a toutefois un message rassurant dans l’ensemble de ces recherches : les facteurs les plus déterminants pour vieillir en bonne santé — bien manger, bouger, entretenir ses liens sociaux, trouver un sens à son quotidien — restent accessibles à tous. Aucune pilule n’est en mesure de les remplacer.


