AES : un émissaire de Trump au Niger pour explorer un rapprochement

Nick Checker, haut fonctionnaire du Bureau des affaires africaines du Département d’État américain, a rencontré le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, le 13 mars à Niamey. L’objectif affiché : examiner les conditions d’une reprise de la coopération entre Washington et le Niger, membre de l’Alliance des États du Sahel.

La visite a donné lieu à un communiqué officiel à l’issue des discussions. Nick Checker a également été reçu par le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine précise le compte X de l’ambassade américaine au Niger. Selon le Département d’État, les échanges ont porté sur l’avenir des relations bilatérales, alors que les liens entre Washington et Niamey se sont considérablement dégradés depuis le coup d’État militaire de juillet 2023.

« Le Haut Responsable du Bureau des Affaires africaines du Département d’État, Nick Checker, est arrivé aujourd’hui à Niamey pour rencontrer des Hauts responsables du gouvernement afin de renforcer la coopération entre les États-Unis et le Niger en matière de sécurité et de renforcer les liens commerciaux et d’investissement entre les États-Unis et le Niger. Les États-Unis demeurent engagés en faveur de partenariats qui soutiennent la croissance et la stabilité au Niger et dans l’ensemble du Sahel« , indique l’ambassade américaine au Niger sur X.

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Washington abandonne le tout-sécuritaire

La démarche américaine traduit un changement d’approche. Plutôt que de conditionner la coopération au retour à un gouvernement civil — position défendue par l’administration Biden — Washington envisagerait désormais des partenariats centrés sur l’économie, le développement et la santé. Cette réorientation concerne l’ensemble des pays de l’AES, le Niger ayant été la dernière étape d’une tournée qui comprenait également le Mali et le Burkina Faso.

L’intérêt américain pour la région n’est pas sans lien avec ses ressources stratégiques. Le Niger assure environ 5 % de la production mondiale d’uranium, une matière première dont Washington cherche à sécuriser l’approvisionnement dans le cadre de sa politique énergétique.

Un rapprochement compliqué par la présence russe

La marge de manœuvre américaine reste étroite. Depuis leurs ruptures respectives avec les partenaires occidentaux, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont fait de la Russie leur principal appui militaire et diplomatique. Les forces du groupe Wagner — rebaptisé Africa Corps — sont déployées dans la région, et Moscou a consolidé son influence politique auprès des trois juntes.

Ce pivot assumé vers la Russie s’est accompagné de l’expulsion des contingents français et d’un retrait progressif des dispositifs militaires américains, dont la base aérienne d’Agadez au Niger, utilisée jusqu’en 2024 pour des opérations de surveillance. La visite de Nick Checker intervient donc dans un contexte de rivalité directe entre Washington et Moscou pour l’influence au Sahel.

L’AES a par ailleurs officialisé son départ de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) début 2025, constituant un bloc régional autonome aux orientations géopolitiques distinctes de celles défendues par les institutions ouest-africaines traditionnelles.

Aucun calendrier ni accord concret n’a été rendu public à l’issue des discussions de Niamey. Le Département d’État n’a pas précisé si des négociations formelles devaient suivre cette première prise de contact.

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