Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a annoncé jeudi 13 mars l’autorisation temporaire d’achat de pétrole russe en transit, déclenchant une volée de critiques bipartisanes au Congrès. En cause : une décision prise sans notification préalable des élus, alors que Moscou serait impliqué aux côtés de Téhéran dans le conflit au Moyen-Orient.
Bessent autorise 124 millions de barils : l’annonce qui fait polémique
Le Trésor américain a accordé une exemption d’un mois sur les sanctions pétrolières russes, applicable aux cargaisons déjà chargées en mer au plus tard le 12 mars et jusqu’au 11 avril, selon CBS News. Quelque 124 millions de barils de brut russe sont actuellement en transit sur les mers mondiales, a précisé la même source. La mesure vise officiellement à stabiliser les marchés, après la fermeture du détroit d’Ormuz — par lequel transite normalement un cinquième des approvisionnements mondiaux — suite aux frappes américano-israéliennes sur l’Iran. Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright a défendu la décision, affirmant que Washington cherchait à mobiliser des stocks déjà en circulation, sans modifier la politique générale de sanctions.
Démocrates et républicains s’unissent contre la Maison Blanche
Le chef de la minorité au Sénat Chuck Schumer, accompagné des sénatrices Elizabeth Warren et Jeanne Shaheen, a exigé la comparution de Scott Bessent devant le Congrès. Dans leur déclaration commune, les élus ont affirmé que la Russie fournirait des renseignements à l’Iran pour cibler des soldats américains, et que la mesure procurerait à Moscou des revenus supplémentaires estimés à 150 millions de dollars par jour. Du côté républicain, le représentant Don Bacon (Nebraska) a dénoncé ce qu’il a qualifié de «clairement la MAUVAISE stratégie», tandis que le sénateur Roger Wicker, président de la commission des Forces armées, s’y est également dit opposé.
La loi CAATSA au cœur du bras de fer institutionnel
Les démocrates ont accusé l’administration de violer la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act), que Trump lui-même avait promulguée en 2017. Ce texte oblige le président à notifier le Congrès 30 jours avant toute modification substantielle des sanctions visant la Russie — une période durant laquelle les élus conservent le droit de bloquer la mesure par résolution conjointe de désapprobation. Le Royaume-Uni a indiqué ne pas envisager de lever ses propres sanctions, et le président Macron a déclaré en marge du G7 que la situation au Moyen-Orient ne justifiait en aucun cas un allègement des mesures contre Moscou.
Plusieurs sénateurs démocrates membres de la commission bancaire ont réclamé une audition de Scott Bessent avant la fin du mois de mars. Si cette convocation aboutit, elle constituerait le premier face-à-face officiel entre l’exécutif et le Congrès sur la politique de sanctions depuis le début du second mandat Trump.

